Une coopération à laquelle on associe des visages
——Depuis votre nomination comme président, vous avez visité près de cinquante pays, y compris des pays avancés. Qu’avez-vous ressenti au vu de la réalité de l’assistance ?
TANAKA Le Japon a lancé de nombreux projets qui produisent des résultats importants et fournissent une excellente impression dans les pays où ils sont mis en place. Sur le plan du soutien à l’autonomie des pays défavorisés, nous cherchons avec les gouvernements des pays partenaires des projets de grande ampleur et ce qui conduit à des résultats importants.
L’assistance recouvre des formes très diverses : des prêts en yens, des prêts à taux zéro, des dons, l’envoi d’experts ou de membres du JOCV, Japanese Overseas Cooperation Volunteers, c’est-à-dire les bénévoles pour la coopération internationale. La JICA a unifié toutes ses activités il y a cinq ans, et elle est devenue quasiment la seule organisation au monde à centraliser la coopération sous des formes aussi variées.
L’impression que j’ai eue en allant sur place est que la coopération japonaise est véritablement devenue une coopération à laquelle on associe des visages. Je veux dire que les efforts que fait notre pays commencent à être reconnus par la population locale de manière visible.
——Quelles sont vos préoccupations pour l’avenir ?
TANAKA Tout d’abord, renforcer l’efficacité en associant de manière créative différentes méthodes de coopération. Concrètement, le plus efficace est d’associer une coopération financière à une coopération technologique, puis de veiller à ce que la transmission des savoirs et le développement des ressources humaines se fassent dans de bonnes conditions.
Une autre réflexion que je me suis faite en voyageant est qu’il y a une forme de coopération proprement japonaise. Il me paraît important de réfléchir à la manière dont nous pouvons l’étendre au pays partenaire ou aux autres pays. Je serais heureux si les organismes d’aide au développement des autres pays copiaient nos projets de coopération technologiques. Il est déjà arrivé que la Banque mondiale finance des projets menés par la JICA.
Créer des histoires qui marquent la mémoire
TANAKA Une autre question qui me préoccupe est comment faire connaître à la population du pays destinataire de l’aide et à la communauté internationale les « histoires » de cette coopération spécifiquement japonaise.
En Asie de l’Est, il y a assurément beaucoup de gens qui pensent que la coopération internationale du Japon les a beaucoup aidés. Mais même si ces pays ont connu la croissance économique en bénéficiant de notre coopération technologique et de nos prêts en yens à taux zéro, il n’est pas impossible qu’avec les années les habitants de ces pays ne se souviennent que des efforts qu’eux-mêmes ont faits et oublient l’aide japonaise.
Il faut donc que les histoires de ce qui a été fait grâce à leur collaboration avec des Japonais, continuent à être racontées, de manière à ce qu’elles restent présentes dans les mémoires.
Des Japonais dont on continue à parler au Kenya ou au Bhoutan
——Y a-t-il des projets qui vous ont particulièrement marqué ?
TANAKA Nous avons au Kenya un projet dans lequel des experts japonais rassemblent des paysans, leur apprennent à tenir des registres, de manière à en voir les revenus générés par les denrées agricoles qu’ils ont produites. Cela leur permet de discuter de ce qui marche et d’envisager leurs revenus en fonction de ce qu’ils produiront l’année suivante.
Le nom de ce projet est Smallholder Horticulture Empowerment Project, ou SHEP. C’est un expert de la JICA, M. Aikawa Jirô, qui l’a lancé. Avant lui, les maraîchers produisaient et faisaient confiance aux intermédiaires pour décider du prix de vente de leur production. Le SHEP les a fait changer d’approche en leur apprenant le marketing, ou plutôt à produire pour vendre, et leurs revenus ont été multipliés par deux. Ce succès fait que des projets semblables fonctionnent aujourd’hui dans environ dix autres pays d’Afrique.
Je voudrais aussi parler du Bhoutan, où nous avons commencé notre coopération internationale en 1964. Le premier expert agricole envoyé là-bas est M. Nishioka Kyôji, qui a été en 1980 le premier non-Bhoutanais à recevoir le titre le plus élevé de la noblesse.
M. Nishioka n’est plus de ce monde, mais j’ai été invité à l’inauguration du Nishioka Memorial Museum là-bas. Presque tous les gens que j’ai rencontrés m’ont dit qu’avant M. Nishioka, presque personne au Bhoutan ne produisait de légumes, alors qu’aujourd’hui, le Bhoutan en produit et en vend. C’est ce que je veux dire quand je parle d’histoires qui racontent les efforts d’un expert. Je trouve que ce serait très bien qu’il y en ait plus.
(Extrait de l’interview effectuée le 28 juillet 2014 par Harano Jôji, directeur représentatif de la Nippon Communications Foundation. Photo de titre : JICA)

