Programme de formation innovant
Beaucoup d’entre eux ont été attirés à Ama par un dispositif au titre duquel les « stagiaires » ont droit à un logement, à divers services locaux et à une allocation mensuelle pour développer de nouveaux produits attractifs faisant appel aux ressources de l’île. Une fois achevée leur période de formation, ils sont libres de rester ou de partir. Peut-être est-ce ce respect de la liberté qui distingue le dispositif adopté par Ama de ceux mis en place par d’autres municipalités, dont beaucoup s’efforcent d’attirer des gens de l’extérieur par de généreuses incitations économiques mais imposent des conditions très sévères, ce qui les met sous pression et crée souvent un clivage entre eux et les résidents de longue date. Ama, quant à lui, fournit aux nouveaux venus toutes les informations et le soutien dont ils ont besoin, mais respecte aussi leur libre arbitre et s’abstient d’exercer des restrictions trop sévères à leurs activités.
Les stagiaires « I-turn » qui viennent avec des idées prometteuses ont accès à des installations, construites avec des fonds publics mais gérées par le secteur privé, où ils reçoivent un soutien pour une application-pilote de leur projet. Nombre des produits dont j’ai parlé plus haut ont vu le jour grâce à ce programme de formation. La fraîcheur de vue des nouveaux arrivants a contribué à la « redécouverte » des côtés très attrayants de la vie à Ama que les résidents de longue date considéraient comme allant de soi, et l’effort conscient et stratégique consenti pour commercialiser ces trésors constitue sans doute la première raison du succès dont Ama peut aujourd’hui se prévaloir.
Échanges entre les nouveaux et les anciens
Mais, pour qu’il y ait véritablement revitalisation, il faut que les nouveaux venus soient pleinement intégrés dans la collectivité. C’est pourquoi le quatrième plan global de développement d’Ama a été conçu pour promouvoir les échanges entre les nouveaux et les anciens résidents et favoriser leur intégration mutuelle. Nombreux sont les programmes municipaux de développement qui tendent à se résumer à une énumération de chiffres ou à un étalage de vœux pieux qui se garde d’entrer dans les détails. Le plan d’Ama, quant à lui, regorge d’illustrations utiles et de suggestions concrètes à l’intention de ceux qui veulent agir.
Le plan, qui s’est donné pour thème la poursuite du bonheur à Ama, s’accompagne d’un rapport où figurent des propositions d’activités concrètes, susceptibles d’être prises en main aussi bien par des individus que par des groupes de 10, 100 ou 1 000 résidents. On peut citer à titre d’exemple la conversion d’une crèche inutilisée en centre communautaire de loisirs et espace associatif, l’éclaircissement d’une forêt de bambous abandonnée et l’utilisation des arbres abattus pour faire du charbon de bois, ou encore la construction d’une « université » dédiée à la préservation de la culture traditionnelle d’Ama et à la transmission des savoir-faire et des connaissances des experts locaux. Ces propositions sont assorties de précisions concernant les sources d’informations complémentaires et les contacts au sein des services compétents de l’administration municipale.
Quatre équipes distinctes, composées de résidents et de fonctionnaires municipaux, ont été constituées en vue de rédiger le programme dans un délai d’un an. Le spécialiste des modèles communautaires Yamazaki Ryô a été invité à ces réunions à titre de conseiller. Il ne fait pas de doute que le dialogue intense entre nouveaux et anciens résidents d’Ama a grandement contribué à la construction d’une communauté intégrée. Peut-être le moteur de la croissance d’Ama n’est-il autre que cet engagement en faveur de l’autodétermination démocratique, dont la décision des habitants de ne pas fusionner avec les municipalités voisines est emblématique.
Poussé à l’action par une crise qui menaçait sa survie, le village d’Ama a fait des efforts remarquables pour définir lui-même son propre avenir à travers le dialogue entre les habitants, l’intégration des nouveaux arrivants au sein de la communauté et le lancement de nouvelles initiatives grâce à la synthèse entre l’ancien et le nouveau. Le modèle de renouveau régional incarné par Ama offre bien des suggestions précieuses pour les autres collectivités du Japon qui se trouvent confrontées à des défis similaires.
(D’après un original en japonais paru le 11 décembre 2014. Photos sans mention de la source : avec l’aimable autorisation de la mairie d’Ama)
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