Passer d’un modèle vertical à un modèle horizontal de relations

Au cours du demi siècle qui va de 1965 à nos jours, le modèle vertical de relations qui prévalait entre le Japon et la Corée du Sud est devenu obsolète à bien des égards, du fait des changements intervenus entre-temps. À l’appui de cette observation, on peut citer le rétrécissement de l’écart entre les deux pays sur le plan économique. La figure 1 représente l’évolution entre 1970 et 2013 du PIB par habitant, mesuré en dollars US, au Japon, en Corée du Sud et en Chine. Comme le montre ce graphique, la croissance économique rapide enregistrée par la Corée du Sud depuis les années 1980 a permis à ce pays, jadis l’un des plus pauvres de l’Extrême Orient, de rejoindre les rangs des pays avancés. La transformation apparaît également de façon évidente dans la structure des échanges de la Corée du Sud. Les déficits commerciaux qui avaient longtemps affecté ce pays sont devenus un lointain souvenir ; transformés en excédents depuis 2009, ils augmentent d’année en année.

Le statut relatif des deux pays a également changé sur le plan militaire. La figure 2 donne la courbe des dépenses militaires du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan depuis 1988. Celles de la Corée du Sud avoisinent les 3 % du PIB, un niveau relativement élevé, qui, avec la réévaluation de la devise nationale, le won, enregistrée depuis quelques années, se rapproche de celui du Japon. Malgré les différences de nature qu’on peut constater entre les dépenses militaires des deux pays, il est clair que l’écart entre eux est en train de s’amenuiser dans ce domaine aussi.

Le graphique montre à l’évidence que la relation, jadis verticale, que le Japon entretenait avec la Corée du Sud, a évolué vers une plus grande horizontalité. C’est là qu’il faut chercher l’explication de l’essor soudain des initiatives visant à réviser l’« ancienne » relation nippo-coréenne fondée sur le traité de base de 1965. Ces dernières années, la Cour suprême sud-coréenne a rendu, dans des affaires liées aux « femmes de réconfort » et aux personnes soumises au travail forcé, des décisions qui, au premier regard, semblent contraires aux clauses du traité de 1965. Contrairement à ses prédécesseurs, la présidente Park Geun-hye a adopté une ligne dure à l’égard du Japon en ce qui concerne la question des interprétations de l’histoire, et ce dès le début de son mandat. L’évolution de la relation bilatérale est à l’arrière-plan de ce genre de rebondissements.

Confier le règlement des différends à une commission d’arbitrage internationale

Ceci étant, quelle doit être notre ligne de conduite ? Le premier point que nous devons clairement établir, c’est qu’on peut améliorer la relation entre le Japon et la Corée du Sud, mais qu’on ne doit pas pour autant revenir à la case départ. Les discussions préliminaires qui ont débouché sur la conclusion du traité de base de 1965 ont duré 14 ans. On est donc en droit de penser qu’il ne serait pas facile d’élaborer un nouveau pacte global en repartant de zéro, d’autant que les différends qui séparent les deux pays sur les questions territoriales et les perceptions de l’histoire sont vraiment problématiques. Et, compte tenu de la situation d’interdépendance croissante où ils se trouvent à divers égards, il est à l’évidence exclu de mettre les relations bilatérales en suspens le temps de mener à bien un nouveau cycle de négociations.

Nous n’en devons pas moins admettre qu’un abîme désespérant s’est ouvert entre les interprétations respectives du dispositif de 1965, comme en témoignent les décisions rendues par les tribunaux des deux pays en ce qui concerne les « femmes de réconfort » et le travail forcé pendant la Seconde Guerre mondiale. Or, aussi conflictuels que soient les jugements rendus par leurs tribunaux, les gouvernements des deux pays sont légalement tenus de s’y plier, ce qui réduit leur marge de négociation sur les questions concernées. Si bien qu’il n’existe pratiquement aucun espoir que la situation puisse s’améliorer d’elle-même tant que nous ne ferons rien pour y remédier.

Au point où nous en sommes, il est donc essentiel que le Japon et la Corée du Sud discutent franchement du modèle de relation établi en 1965. Mais, les gouvernements des deux pays ayant perdu une bonne part de leur marge de manœuvre du fait des jugements rendus par leurs tribunaux respectifs, nous allons devoir faire appel à l’aide de la communauté internationale. Une possibilité consisterait à créer, comme nous y autorise une annexe du traité de base de 1965 (l’Accord sur le règlement des problèmes afférents à la propriété ou aux revendications et sur la coopération économique entre le Japon et la République de Corée), une commission d’arbitrage chargée d’aplanir les différences d’interprétation.