Pour un TPP à onze, sans les États-Unis

La seule chose à faire pour l’instant est de suivre calmement le devenir du TPP. Je ne pense pas qu’il y aura une date d’expiration pour son entrée en vigueur. J’espère que M. Trump va changer d’attitude vis-à-vis du TPP, si ces conseillers et la faction dominante du Parti républicain s’expriment en sa faveur, même si cela prendra peut-être du temps.

La faction dominante du Parti républicain a toujours promu la libéralisation du commerce. Il n’est pas impossible que le parti propose au président Trump une politique libérale dans le but de remporter les élections de mi-mandat qui auront lieu dans deux ans. C’est une autre raison pour que les onze pays autres que les États-Unis qui participent au TPP le ratifient rapidement et attendent ensuite la ratification américaine. La Corée du Sud, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande ou encore Taïwan ont annoncé leur souhait de participer au TPP après l’accord signé en février 2016 entre les douze pays. Il est important de souligner les inconvénients inhérents à la non-entrée en vigueur du TPP tout en gardant une posture qui montre que les préparatifs sont terminés.

RCEP : l’objectif du Japon doit être un accord de haut niveau

Parmi les accords de libre-échange et les accords de partenariat économique dans la région Asie-Pacifique, il existe, outre le TPP, le RCEP (partenariat économique régional global) qui concerne globalement l’Asie de l’Est. C’est un accord dont les négociations ont commencé à l’initiative de l’ASEAN, et il se dit que la Chine s’y intéresse beaucoup. Indéniablement, maintenant que l’avenir du TPP paraît plus opaque, le RCEP attire plus d’attention parce qu’il paraît un cadre capable de s’y substituer. Si le RCEP devenait une réalité, les États-Unis en seraient exclus, un inconvénient incommensurable.

Comment le Japon doit-il y réagir ? Il a fait un pas dans la bonne direction lorsque la Diète a approuvé le TPP en décembre. Il lui sera peut-être difficile de jouer un rôle de leader dans les négociations sur le RCEP, mais il est important qu’il prenne des initiatives pour lui donner un contenu de haut niveau, comprenant notamment des accords sur des règles s’appliquant au commerce et à l’infrastructure des investissements, comme par exemple les transactions électroniques ou l’ouverture de la commande publique.

Le RCEP a l’avantage de pouvoir fournir un cadre important pour toute l’Asie de l’Est. Rechercher de nouvelles règles pour préparer un environnement pour le commerce et les investissements, et renforcer le niveau de liberté des échanges, solidairement avec les pays qui ont le même point de vue que lui (Australie, Singapour ou encore Nouvelle-Zélande), constitue une bonne stratégie pour le Japon.

Un moteur de croissance remplaçant le TPP

Le TPP devait devenir un moteur de croissance pour le Japon. Le Premier ministre Abe le considérait comme un pilier de sa stratégie de croissance. Compte tenu du fait que son entrée en vigueur paraît difficile, il est naturel de rechercher dans le RCEP ou dans un accord de partenariat économique avec l’Union européenne un moteur de substitution. Dans une situation où l’orientation de la politique commerciale doit être modifiée, il faut rechercher un cadre qui puisse remplacer même partiellement le TPP.

À cette fin aussi, le Japon doit ouvrir plus encore son marché agricole qui intéresse fortement tous les pays étrangers. L’ouverture des marchés et les réformes intérieures forment un tout. Le Japon ne pourra persuader ses interlocuteurs de la nécessité de l’ouverture des marchés qu’une fois qu’il aura ouvert les siens. La réforme agricole progresse graduellement, mais il reste encore beaucoup à faire. Il faut faire réellement avancer les réformes structurelles au Japon même.

(D’après un original japonais du 16 janvier 2017. Photo du titre : les ministres des douze pays signataires de l’accord de Partenariat transpacifique. À Auckland, Nouvelle-Zélande, le 4 février 2016. Jiji Press)