Le 11 mars, face à la propagation mondiale du coronavirus COVID-19, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait requalifié l’épidémie en pandémie. Les virus, apparus il y a quatre milliards d’années en même temps que la vie sur Terre, sont si microscopiques qu’ils se faufilent à travers les masques sanitaires. La plus primaire des formes de vie s’attaque inlassablement à la plus évoluée d’entre elles, à savoir l’être humain, faisant d’innombrables victimes depuis les origines de la vie. Les virus sont les ennemis mortels de l’humanité.
Naissance des virus
Devant la menace virale, l’homme a fait progresser la médecine et l’hygiène publique. Mais les virus évoluent eux aussi dans le même temps, développant leur résistance aux médicaments. Ainsi, plus l’être humain renforce ses défenses immunitaires, plus les micro-organismes deviennent virulents. Pour chaque vaccin mis au point par l’homme apparaît une nouvelle forme de virus.
« C’est une vraie course aux armements », déclare le journaliste spécialiste de l’environnement Ishi Hiroyuki, auteur d’une « Histoire mondiale des maladies infectieuses » (Kansenshô no sekaishi). « Nous sommes les descendants d’aïeux chanceux qui ont survécu aux différentes poussées épidémiques du passé. Et les virus sont, de même, les descendants d’aïeux chanceux qui ne cessent de changer de forme depuis plus de quatre milliards d’années. »
D’après M. Ishi, s’il existe des millions de types de virus, le coronavirus qui nous préoccupe actuellement est apparu environ 8 000 ans avant Jésus-Christ. Il serait longtemps resté inactif – ou invisible –, dissimulé chez ses hôtes, des animaux sauvages ou domestiques. En 2002 et 2003, il s’en est pris aux hommes sous la forme du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère, apparu en Chine), faisant plus de 8 000 malades et 774 morts dans le monde.
Ensuite, en 2012, il est réapparu sous la forme du MERS (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, identifié en Arabie saoudite et en Corée du Sud notamment) qui a fait 2 500 malades environ et 858 morts dans le monde. « On estime que le SRAS a atteint l’homme par le biais de la civette masquée et le MERS par celui du chameau. Ce dernier cas était inattendu », souligne M. Ishi.
Coronavirus transformiste
Les interactions entre le coronavirus mesurant un milliardième de mètre et l’homme ont été identifiées pour la première fois dans les années 1960. À l’époque, il était considéré comme l’un des virus à l’origine du rhume, sans plus. Pour M. Ishi, « en à peine soixante ans, le coronavirus n’a cessé de muter et d’évoluer ».
Le revoilà aujourd’hui sur le devant de la scène pour la troisième fois, après le SRAS et le MERS. En 2002, pour le SRAS, presque tous les patients développaient rapidement une pneumonie sévère, ce qui a permis d’identifier très vite la maladie et d’agir en conséquence. Mais cette fois-ci, il ne se fait pas se faire repérer facilement. Le virus multiplie les formes légères et asymptomatiques. De plus, les porteurs qui ne présentent aucun symptôme sont capables de contaminer leur entourage : ainsi, l’épidémie progresse.
Pour les micro-organismes comme les virus, le corps des mammifères – et donc des êtres humains – est un environnement idéal, avec une température constante et de riches ressources en nutriments. Il s’agit donc de s’y installer, d’y proliférer et de faire descendance.
Voilà comment M. Ishi représente cette bataille : « C’est comme lutter contre un pirate informatique qui tente de s’introduire dans votre ordinateur. Les cellules humaines essaient de se protéger avec un mot de passe, mais le virus fait tout son possible pour trouver ce mot de passe et s’introduire dans les cellules. Il se transforme à une vitesse incroyable et quand il finit par trouver, par hasard, le bon mot de passe, il pénètre dans la cellule sans qu’on n’y puisse rien. Alors, l’homme trouve un moyen de changer le mot de passe et on recommence. »
Il nous livre son pronostic sur l’issue de la bataille avec le coronavirus : « Pour l’instant, c’est le virus qui gagne, avec la crise économique et sociale qu’il provoque, et quand bien même tout sera sous contrôle, le virus réapparaîtra sous une autre forme dans dix ou vingt ans. »


