La route de la soie et des virus

Les maladies infectieuses ont lourdement pesé sur l’histoire de l’humanité. Les ancêtres de l’homme, nés en Afrique il y a 200 000 ans, soit bien après les virus, ont quitté le continent africain il y a quelque 125 000 ans pour migrer sur tous les continents, ce qui leur a pris environ 60 000 années.

Pourquoi les premiers hommes sont-ils partis ? Cherchaient-ils de quoi se nourrir, ou fuyaient-ils un changement climatique, environnemental ? « Une autre hypothèse est qu’ils auraient fui une maladie infectieuse transmise par des animaux en Afrique », souligne M. Ishi. Alors que de nombreuses personnes mouraient, ils auraient en effet pu décider de quitter le berceau de l’humanité.

La route de la soie qui traverse le continent eurasien d’est en ouest est connue pour être une voie d’acheminement des marchandises, mais le déplacement des hommes s’accompagne aussi de celui des maladies. La peste a ainsi voyagé de l’Orient vers l’Occident, tandis que la variole et la rougeole faisaient le chemin inverse. Les populations de part et d’autre n’étant pas immunisées, les morts furent nombreux.

Des passagers clandestins accompagnaient également les humains : souris, cafards, puces et autres parasites transportaient une foule de bactéries et de virus, à l’origine de diverses maladies infectieuses. C’est ainsi que la Chine et la Rome antique, qui auraient dû s’enrichir par le commerce, ont vu leur population diminuer et, au bout du compte, leur effondrement précipité.

La découverte d’un nouveau continent par Christophe Colomb à la fin du XVe siècle s’accompagne, là encore, d’un échange de maladies. Les conquérants espagnols apportent des maladies européennes, en particulier la variole et la rougeole qui décimèrent les populations autochtones. Le nouveau continent, lui, connaissait la syphilis, qui se répandit comme une traînée de poudre sur le vieux continent.

Un virus qui stoppe la Première Guerre mondiale

La première pandémie globale, et la plus terrible, a été la grippe espagnole de 1918, alors que la Première Guerre mondiale faisait rage. L’épicentre est une base militaire du Kansas, aux États-Unis, où les soldats meurent les uns après les autres ; parmi leurs camarades envoyés au front en Europe, certains étaient contaminés et c’est ainsi que la grippe espagnole envahit le vieux continent en un clin d’œil. Elle se répand également en Afrique, apportée par un bateau en provenance d’Europe. Le virus voyage de port en port, mais aussi dans les terres, par le train. Les nouveaux moyens de transport lui permettent de sévir dans le monde entier.

Hôpital de campagne dans le camp Fulston, au Kansas, considéré comme l’épicentre de la pandémie de grippe espagnole de 1918 (Science Photo Library/Aflo)
Hôpital de campagne dans le camp Fulston, au Kansas, considéré comme l’épicentre de la pandémie de grippe espagnole de 1918 (Science Photo Library/Aflo)

« On dit que les seules régions habitées épargnées furent la Nouvelle-Guinée dans le Pacifique Sud et les îles de l’embouchure de l’Amazone, tellement la maladie s’est répandue partout. Ce sont principalement les personnes âgées qui contractent le COVID-19, mais la grippe espagnole, elle, avait la particularité de toucher surtout une population jeune, âgée de 20 à 50 ans », remarque M. Ishi.

Le virus s’est évidemment répandu parmi les soldats qui combattaient serrés dans les tranchées, faisant de nombreux malades et morts dans leurs rangs. Les armées en présence ont ainsi perdu leurs forces vives, tandis que la classe d’âge des réservistes était décimée par la maladie. La fin du conflit a été hâtée faute de combattants.

Un virus qui stoppe une guerre, voilà qui est ironique. Les estimations varient mais on dit que la grippe espagnole a fait plus de 100 millions de morts (450 000 au Japon), soit bien plus que les 16 millions de victimes de la Première Guerre mondiale. Les virus sont bien les ennemis mortels de l’humanité.

(Photo de titre : le coronavirus isolé, vu au microscope électronique. NIAID-RML/AP/Aflo)