Politiquement distants, économiquement proches

Alors que le rôle de l’État est remis en question, on peut s’attendre à ce que la mondialisation continue d’aller de l’avant, notamment dans le domaine économique. La circulation des personnes et des biens est d’ores et déjà soumise à un large éventail de restrictions, mais, sachant que la technologie ne revient jamais en arrière, il est peu probable que la tendance au resserrement des connections internationales s’inverse. En ce qui concerne le transfert des informations, il est même possible que cette tendance s’accélère, étant donné l’essor rapide de l’usage du cyberespace, un bien public mondial dont l’importance a fait un nouveau bon en avant.

Une réforme va sans doute intervenir en ce qui concerne la très forte dépendance des chaînes d’approvisionnement vis-à-vis de la Chine, mais, vu les coûts de production, on ne doit pas s’attendre à ce que les fabricants rapatrient leurs activités vers les usines nationales, hormis pour certains produits liés à la santé et à la médecine. Ils cherchent plutôt des moyens de spécialiser et diversifier leurs opérations. Du fait de certaines questions comme les violations des droits de propriété intellectuelle, il existe une forte possibilité que divers pays gardent leurs distances vis-à-vis de la Chine, mais il est impossible de la mettre à l’écart de la communauté internationale.

On voit donc qu’une situation complexe va perdurer, avec un renforcement simultané des liens économiques et des divisions politiques au sein de la communauté internationale.

L’aggravation des tensions militaires

À l’heure où le monde vacille sous le choc de la pandémie, les menaces usuelles n’ont pas disparu. Dans le voisinage du Japon, la Corée du Nord continue de provoquer la communauté internationale avec ses essais de missiles et les « plans d’action militaire » qu’elle annonce. Cette année, des incursions de vaisseaux de la flotte nationale chinoise ont eu lieu pratiquement tous les jours dans la zone contiguë aux Îles Senkaku, et environ deux fois par mois dans les eaux territoriales japonaises. Des interventions musclées de vaisseaux de la flotte nationale chinoise visant des bateaux de pêche vietnamiens ont été signalées en mer de Chine méridionale. Pékin a également donné un tours de vis supplémentaire à sa politique du fait accompli en annonçant la création de nouvelles circonscriptions administratives pour les îles artificielles que la Chine a construites en mer.

Et pourtant, le monde ne s’intéresse aux questions de sécurité, y compris dans des domaines comme la santé, l’économie et l’alimentation, qu’à condition qu’elles soient liées au coronavirus. Les problèmes de longue date entre les nations suscitent peu d’intérêt. Le 12 juillet, par exemple, était le jour du quatrième anniversaire d’une décision historique de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye récusant les revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale. Mais l’événement est passé inaperçu jusqu’au lendemain, quand le secrétaire d’État Mike Pompeo a fait une déclaration où il le mentionnait dans le contexte de la confrontation entre les États-Unis et la Chine.

Outre cela, on a signalé des cas de limitation des opérations d’un porte-avions et d’autres vaisseaux de la marine américaine sous prétexte d’apparition de foyers d’infection au Covid-19. Et les manœuvres effectuées par la marine des États-Unis sur le littoral du Pacifique ont été réduites cette année. Si cette situation se prolonge, il n’existera plus aucun moyen d’empêcher Pékin de multiplier les faits accomplis en mer de Chine méridionale et ailleurs. Des conséquences négatives pourraient aussi en résulter pour la marine américaine en termes de compétence, de disponibilité et de coordination avec ses alliés et autres partenaires. Bref, la puissance nécessaire au maintien de la sécurité régionale s’en trouvera sapée.