Yamaguchi Akira applique les techniques picturales traditionnelles de la peinture japonaise pour un propos qui appartient à celui de l’avant-garde contemporaine. Ses œuvres « pop » sont appréciées dans le monde entier. Une Française, auteur de plusieurs ouvrages sur l’art japonais s’intéresse de près à cette approche.
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Un étonnant univers imaginaire au-delà de l’espace et du temps
Brigitte Koyama-Richard Lorsque j’ai découvert vos œuvres, j’ai été très impressionnée. La première que j’ai vue représentait le quartier de Roppongi vu du ciel. On y apercevait le donjon d’un château médiéval japonais ainsi que des gratte-ciel. Les constructions traditionnelles anciennes et les immeubles modernes y coexistaient très naturellement. Quand on regardait plus en détail, on apercevait les habitants, des employés de bureau, des promeneurs avec leur chien… Des citoyens de l’époque d’Edo lavaient les vitres des gratte-ciel, des samouraïs se querellaient dans la rue…
On pouvait tout d’abord penser qu’il s’agissait d’une peinture dans le style Yamato-e(*1), sauf qu’au paysage du quartier actuel de Roppongi venaient s’ajouter des motifs semblant provenir de la science-fiction, qui donnaient une œuvre de pure imagination dans un au-delà de l’espace-temps. J’avais l’impression de me trouver devant une œuvre à la fois traditionnelle et moderne.
Yamaguchi Akira On pense souvent que je suis un peintre de nihonga (peinture traditionnelle) alors qu’à l’université j’ai étudié la peinture occidentale. Mes œuvres sont réalisées à la plume, à l’huile ou à l’aquarelle, et non pas avec les pigments de la peinture japonaise. Bien que j’applique les méthodes de composition de la peinture traditionnelle japonaise, je suis un peintre contemporain né au Japon où la peinture occidentale était bien présente.
Brigitte Koyama-Richard Comment en êtes-vous venu à peindre ce genre de tableaux ?
Yamaguchi Akira À dire vrai, c’est au bout de longues errances que je suis finalement parvenu à mon style actuel. Le monde de l’art japonais a toujours considéré, à travers les époques, que l’art européen et américain étaient plus avancés et qu’il fallait combler le retard. La peinture à l’huile de l’ère Meiji, la peinture abstraite de l’après-guerre, l’art conceptuel, les installations… Cette tendance est toujours présente à l’heure actuelle. J’ai commencé à douter de l’intérêt de cette attitude quand j’étais encore étudiant, ce qui m’a longtemps acculé à une impasse.
En étudiant l’histoire de l’art japonais depuis l’époque moderne, je m’étais rendu compte que des pionniers, des artistes qui avaient inventé une esthétique originale, en opposition à la simple imitation de la production occidentale, il en avait toujours existé. Mais malgré tous leurs efforts et leur ambition, aucune place ne leur a été accordée dans l’histoire de l’art, ils ont été « enterrés vivants ». Je redoutais beaucoup de subir le même sort, et cette crainte me conduisait à un véritable blocage.
Brigitte Koyama-Richard Comment êtes-vous parvenu à surmonter cette crainte ?
Yamaguchi Akira C’est à cette époque que j’ai découvert la peinture de style Yamato-e, en visitant une exposition. J’ai été surpris par l’audace de la composition. Soudain, j’ai compris. Je me suis dit que c’était exactement ce que je cherchais et j’ai eu envie de me frayer un chemin dans la peinture japonaise traditionnelle qui a précédé l’introduction de la peinture occidentale. En d’autres mots, je me suis dit que je pouvais moi-même essayer de « re-moderniser » l’art japonais. Je ne sais pas s’il est facile pour des Français de comprendre ce conflit…


