Une expérience de mort imminente

Le jour où sa vie a basculé, Nagashima Osamu se trouvait en vacances – il était en deuxième année à l’Université de Chiba – chez lui, dans la préfecture de Saitama. Il roulait en voiture lorsque celle-ci a quitté de la route et s’est arrêtée sur un talus. Il est sorti du véhicule pour essayer de le ramener sur la chaussée. Mais celui-ci a soudain reculé en roulant sur le jeune homme qui a aussitôt perdu conscience.

Nagashima Osamu dans le hall d’entrée du Lixil Wing building, situé dans l’arrondissement de Kotô, à Tokyo, où l’entreprise Lixil transfèrera son siège social en novembre 2019.

À partir du moment où il a été hospitalisé, Nagashima Osamu a vécu un véritable enfer. Il était devenu paraplégique. Alors qu’il s’entrainait de façon intense au badminton depuis le collège, il a dû se rendre à l’évidence : ses membres inférieurs et le bas de son tronc ne répondaient plus. Des douleurs incessantes, une forte fièvre et la peur de ne pas guérir ont commencé à lui faire perdre espoir. Plus les jours passaient, plus son courage s’amenuisait.

« J’étais si désespéré que j’ai fini par cesser de penser à l’avenir. Je me suis dit bien des fois que j’aurais dû rester inanimé. »

Toutefois Nagashima Osamu avait conservé la formidable vitalité qui lui faisait refuser d’abandonner. Deux mois après son terrible accident, il a vu une image par résonance magnétique (IRM) de son dos montrant clairement que sa colonne vertébrale était endommagée. Il a aussitôt compris et accepté le fait qu’il passerait le restant de ses jours dans une chaise roulante.

« Mon regard sur la vie a changé de façon radicale. L’idée que j’allais vivre le reste de mon existence avec un fauteuil roulant est devenue une évidence absolue. »

Trouver un emploi : un véritable parcours du combattant

Un an après son accident, Nagashima Osamu est retourné à l’Université de Chiba et il a recommencé à jouer au badminton. Il était absolument enchanté de voir ses anciens partenaires venir pratiquer avec lui. Il s’est également investi à fond dans ses études en se spécialisant dans la chimie appliquée. Pour obtenir son diplôme, il lui fallait 104 unités de valeur mais il en a validé 160. Le jeune homme a terminé premier de sa promotion et décidé de faire des études de troisième cycle.

« Les frais de scolarité étant les mêmes quel que soit le nombre d’unités de valeur préparées, j’ai suivi beaucoup de cours en plus. Je crois que le fait de me retrouver en fauteuil roulant a dû m’inciter à en faire le maximum. »

Après avoir obtenu un mastère en deux ans, Nagashima Osamu a envisagé de continuer ses études en se lançant dans un doctorat. Mais finalement, il a préféré chercher un emploi dans le secteur privé. Il a postulé auprès de plus de cinquante entreprises sans aucun résultat, ce qui ne l’a pas étonné outre mesure. Quand il avait repris l’université après son accident, la plupart des laboratoires de recherches du département de chimie appliquée où il souhaitait entrer avaient refusé de l’accepter. Le seul professeur qui lui avait fait bon accueil est Satô Satoshi, directeur du laboratoire de génie de la réaction chimique de l’Université de Chiba.

« Je pense que si tout le monde est d’accord pour reconnaître l’importance de la diversité, dans les faits, chacun considère que c’est l’affaire des autres. Je n’ai pas voulu baisser les bras pour autant parce que cela revenait à donner raison à ceux qui m’avaient rejeté. »

Il y a eu pourtant des moments où la frustration a pris le dessus. Nagashima Osamu se rappelle du jour où un camarade de l’université l’a accusé de faire la tête en permanence. « Je n’ai sans doute pas répondu, mais je crois qu’il y avait quelque chose en moi-même qui rendait mon handicap responsable de mon malheur. Au fond, je reprochais aux autres de ne voir en moi qu’un individu en fauteuil roulant. »

Nagashima Osamu n’en a pas moins continué a chercher un emploi en envoyant un 51e et un 52e dossier de candidature. Et il a reçu deux réponses, l’une provenant d’un fabricant japonais d’équipements domestiques de premier plan et l’autre, d’une firme spécialisée dans les ordinateurs basée à l’étranger.

« J’ai choisi Inax [devenu depuis Lixil] en suivant mon intuition. Les responsables du département des ressources humaines et ceux qui m’ont fait passer des entretiens m’ont traité exactement comme tous les autres candidats. Ils ont aussi eu l’air d’être vraiment impressionnés par mes recherches en tant qu’étudiant. Et mon intuition ne m’a pas trompé. »