L’idée du « vivre ensemble » au Japon

— Haruki, qui préfère être appelé double au lieu de hafu, est piégé dans sa carapace car il n’arrive pas à affirmer qu’il est Japonais, comme Makoto.

KAI  Personnellement, être hafu fait partie de mon identité, donc je ne suis pas contre les gens qui m’appellent comme cela, mais je comprends aussi Haruki. Je connais des couples internationaux qui n’aiment pas voir que leurs enfants sont appelés hafu. Chaque personne a un parcours différent, donc c’est à chacun de faire son propre choix. Que l’on ait été discriminé ou non au cours de sa vie, tout le monde doit réfléchir sur son identité.

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USMAN  Il est important de comprendre qu’il existe des personnes qui ont des idées différentes. Je veux montrer qu’il n’y a pas qu’une bonne manière de voir les choses, que chaque personne a ses préférences.

BILAL  Je pense que toutes les minorités, et pas seulement les hafu, subissent les stéréotypes, et qu’il est important de voir l’autre au-delà de ces images préconçues. Je pense que c’est l’un des principaux messages de ce film.

— Ce film a été tourné il y a quatre ans, et il semble que la situation des hafu au Japon a changé depuis.

USMAN  Oui, les hafu ont plus de visibilité qu’auparavant, mais il n’y pas eu de réel grand changement. Le fait que des personnalités sportives comme Hachimura Rui ou Osaka Naomi s’expriment ouvertement est important, et je pense que de plus en plus de Japonais comprennent que les hafu traversent souvent des moments difficiles. Mais je ne pense pas que la situation ait pour autant vraiment changé. On est dans la bonne direction, mais il faudra un peu plus de temps.

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KAI  Je ne pense pas que ce soit un problème unique au Japon. J’ai vécu deux ans à Seattle, mais là-bas c’est l’inverse, les gens ont des idées préconçues sur le Japon et me demandent s’il y a toujours des ninja (rires). Les stéréotypes existent et sont ancrés partout.

Des réactions de spectateurs qui font chaud au cœur

— WHOLE a été projeté au Festival du film asiatique d’Osaka et au Festival du film japonais « Japan Cuts » à New York. Quelle a été la réaction du public ?

USMAN  Après la projection à New York, il y a eu une session de questions-réponses très animée. C’était bien différent du Japon. Beaucoup de personnes nous ont remerciés pour avoir fait le film.

BILAL  Il y avait une hafu, probablement d’origine américaine et sud-américaine, qui était venue voir le film avec sa mère. Elle m’a dit que grâce au film, elles ont pu parler toutes les deux pour la première fois du fait d’être métis. J’étais vraiment très heureux quand elles nous ont remerciés.

KAI  Au Festival du film asiatique d’Osaka, après la projection, des sœurs jumelles sont venues nous parler. Même si elles n’étaient pas hafu, elles faisaient souvent face aux regards des autres et réfléchissaient souvent à leur identité. Elles se sont retrouvées dans les personnages du film.

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BILAL  Je n’en étais pas conscient au début, mais j’ai découvert plus tard que ce film n’était pas juste une histoire de hafu. C’est pour cette raison que je ne veux pas fournir de conclusion définitive au film. Je pense que chaque personne, métis ou pas, a sa propre identité et sa propre réponse. J’invite tout le monde à voir le film sans préjugés, de manière naturelle.

USMAN  Le film n’a pas vocation à changer la manière de penser des gens, mais après l’avoir vu, j’espère que ce sera l’occasion pour les spectateurs de parler de ce sujet avec leurs amis hafu. Il y a des étrangers qui sont nés et ont grandi au Japon sans désagrément, et j’espère qu’en regardant ce film, les spectateurs pourront ressentir qu’il existe toutes sortes de gens.

KAI  Certains hafu ont une apparence extérieure qui marque leurs origines internationales, d’autres pas. Que l’on soit hafu ou né de parents japonais, chacun a un parcours et des expériences différentes, et je voudrais qu’il soit normal, un jour, de penser que l’on est tous différents. J’espère que ce film créera des manières nouvelles de penser et qu’il incitera à faire avancer le débat et la situation sur ce sujet.

(Photos d’interview : Hanai Tomoko)

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Le film

  • Réalisation : Kawazoe Bilal
  • Scénario : Kawazoe Usman
  • Acteurs : Sandy Kai, Kawazoe Usman, Ibuki Aoi, Kikuchi Meimei,
  • Année : 2019
  • Durée : 44 minutes
  • Site officiel : https://www.whole-movie.com/

Bande-annonce