Les enfants mis sur les rails dès la naissance

Mais les parents d’aujourd’hui, nés à l’époque où le désir motivait, ne se sont pas débarrassés du sens des valeurs avec lequel ils avaient grandi, et beaucoup d’entre eux se sont enthousiasmés pour l’éducation précoce, afin d’offrir à leurs enfants une future réussite sociale et économique.

Il existe aujourd’hui une énorme quantité d’activités et de cours pour les très jeunes enfants, et beaucoup d’entre eux ont des emplois du temps qui n’ont rien à envier à ceux d’hommes d’affaires. Et lorsqu’ils ont un jour où rien n’est prévu, ce qui leur arrive rarement, que font leurs parents ? Ils en profitent par exemple pour les emmener en excursion à Tokyo Disneyland, programme qu’ils avaient organisé plusieurs mois auparavant. Ainsi, tous les enfants d’aujourd’hui n’ont aucun temps libre.

Ces « heures creuses » où les enfants s’ennuyaient leur permettaient à l’origine de réfléchir à des jeux et de développer leur curiosité. Maintenant qu’ils en sont privés, ils ont changé de nature et sont devenus passifs. Ajoutons à cela les outils pratiques, jeux vidéo ou téléphones portables, qu’on leur fournit aujourd’hui pour combler ces moments de vide. Rien d’étonnant à ce que leur passivité se renforce.

Ces enfants entourés d’outils artificiels, qui n’ont pas eu la possibilité de décider ce qu’ils avaient ou non envie de faire, à qui on a imposé des activités scolaires, mais aussi artistiques ou sportives, ont fini par renoncer à l’idée de s’écouter eux-mêmes. « C’est pour ton bien », disent les parents. Comment ainsi s’opposer à eux ? Les enfants n’arrivent donc plus à exprimer aisément ce qu’ils aiment ou n’aiment pas. Et pire encore, ils perdent même la faculté de le ressentir, et renoncent au bout du compte à écouter leurs véritables désirs.

Les personnes ayant grandi de cette façon sont ébahies de se rendre compte à quel point elles sont incapables de s’exprimer sur leurs propres souhaits au moment de choisir un métier ou leur orientation, ou quand elles se demandent ce qu’elles aiment ou ce qu’elles ont envie de faire. Est-il exagéré de qualifier leur état de « castré psychologique » ?