En-deli, ou le travail du sexe déguisé
Vers la fin de la première décennie des années 2000, les rencontres rémunérées et le système du Delivery health, désignant le travail du sexe dans des chambres d’hôtel louées par les clients plutôt que dans un lieu fixe, ont donné naissance à des activités frauduleuses appelées En-deli. De quoi s’agit-il ?
En surface, les interactions prennent la forme d’une prise de rendez-vous rémunérée classique, les femmes affichant leurs profils sur des sites de rencontres occasionnelles. Mais lorsqu’un client contacte une femme pour convenir d’un rendez-vous, il interagit sans le savoir avec un répartiteur masculin (appelé uchiko). Tout en jouant le rôle de la femme ciblée par le client, c’est lui qui négocie des détails comme le lieu de la rencontre et le paiement, avant d’y envoyer au final, une call-girl.
Ces pratiques de prostitution dissimulée exploitent tout simplement la facilité d’inscription sur les sites de rencontres occasionnelles, et même si les auteurs sont découverts, ils disparaissent sans effort pour réapparaître sous un profil différent.
Ces réseaux illégaux se sont par la suite tournés vers les sites de rencontres plus classiques. Ce stratagème a engendré des conséquences tragiques en 2013, avec le meurtre d’une étudiante de 16 ans dans une école professionnelle de la préfecture de Hiroshima. Un groupe de jeunes liés au En-deli avait kidnappé la victime après à une dispute sur l’application LINE, puis l’avait torturée et assassinée. Six des sept personnes arrêtées pour le crime étaient des mineurs, dont trois jeunes filles, et l’une d’entre elles étant une En-deli professionnelle du sexe, qui vivait en colocation avec la victime. D’après l’enquête, un désaccord sur la distribution de l’argent gagné grâce à la prostitution serait à l’origine de ce drame.
La police japonaise veille
Si l’industrie des rencontres d’aujourd’hui est plus accessible que jamais, les dérives, parfois meurtrières, semblent pratiquement inévitables. Cela s’illustre tristement avec l’affaire de tueur en série de Zama, Shiraishi Takahiro, et les neuf corps démembrés découverts dans son appartement. L’incident macabre a engendré une attention particulière à la fonction « hashtag » de Twitter, que l’assassin utilisait pour faire connaissance avec ses victimes.
Ainsi, en ajoutant des hashtags à des termes tels que « papakatsu », « rencontres rémunérées » et « rencontres », Twitter peut malgré lui se transformer en un véritable service de compagnonnage. Une fois connectées, chacun est libre d’échanger en messagerie privée et convenir d’une rendez-vous. Et bien sûr, Twitter n’est pas le seul réseau social concerné. Il existe toutes sortes de façons pour les utilisateurs de se retrouver sur les réseaux sociaux, y compris divers sites de discussion, des sites spécialisés et même des applications comme Himabu, un service de chat pour les étudiants, populaire parmi les collégiens et les lycéens.
La police n’est toutefois pas restée passive et a renforcé sa capacité à surveiller l’activité en ligne. Les agents ont même commencé à discuter avec les comptes de messagerie liés aux rencontres rémunérées, organisant des réunions pour informer les personnes concernées des dangers de leurs actes. La police préfectorale d’Aichi a récemment lancé un programme dans lequel des étudiants bénévoles envoient des messages d’avertissement aux mineurs cherchant à faire des rencontres sur les réseaux sociaux. Ceci afin d’empêcher les pratiques de type papakatsu, en sensibilisant chacun au fait que les services de police restent vigilants.
Néanmoins, chaque fois qu’un nouveau service apparaît sur Internet, un moyen est trouvé pour le détourner et l’utiliser à des fins de rencontres, ce qui entraîne une nouvelle série de réglementations.
Nous pouvons dire que ce jeu sans fin du chat et de la souris est motivé par une chose, à savoir la nature des désirs humains. Ils continueront d’exploiter de nouveaux espaces à mesure que la société en ligne évolue...
(Reportage et texte : Shibui Tetsuya, édité par Power News. Photo de titre : Graphs/ Pixta)