Sensibiliser les générations futures

Les déchets en mer sont un problème de taille, mais en réalité, les habitants de Tsushima n'ont pratiquement jamais l'occasion de les apercevoir.

« Les plages où les enfants vont nager sont faciles à nettoyer, précise M. Abiru. Elles sont donc plus propres que les autres rivages de l'île. Les déchets s'accumulent là où le littoral est très accidenté. Les enfants n'ont jamais l'occasion de se rendre dans ces endroits. »

Tsushima est une île montagneuse et beaucoup de personnes se déplacent par bus entre les zones côtières et montagneuses – en particulier les personnes âgées qui représentent 40 % de la population locale –, mais il est presque impossible d'apercevoir les déchets depuis les fenêtres des bus.

M. Sharikura ajoute que la question des déchets à laquelle Tsushima est confrontée est également un problème de morale : « Nous avons recensé des cas de décharge sauvage de gros appareils électroménagers en montagne, même si c’est probablement le fait d'une proportion très restreinte de personnes. Il y a aussi beaucoup de canettes vides et de bouteilles en plastique jetées par terre. Le problème des déchets ne se limite pas aux rivages de l'île. »

C'est dans ce contexte que des actions ont été prises conjointement avec les jeunes habitants de l’île. L'association Tsushima CAPPA, qui œuvre pour la protection de l’environnement côtier et marin de l'île, a établi un programme éducatif visant à sensibiliser les nouvelles générations au problème des déchets en mer.

Un des activités organisées par cette association se nomme « Fête nippo-coréenne de nettoyage des côtes de Tsushima ». Chaque année, des étudiants du département de japonais de l'Université des langues étrangères de Busan en Corée sont invités à Tsushima. Ils participent, avec les élèves des trois lycées de l'île, à un atelier de collecte des déchets. Le 8 juin 2019 a été organisée la 7e édition de cet événement. Sur cette île qui a longtemps été un lieu d'échanges historiques, les jeunes générations du Japon et de la Corée du Sud abordent ensemble le problème des déchets en mer, qui touche aujourd'hui les océans du monde entier.

En janvier 2019, 36 lycéens de Tsushima se sont rendus pour la première fois à Busan afin de participer à un séminaire sur les déchets marins avec des étudiants d'universités locales. Tsushima, avec sa population de 30 000 habitants, accueille chaque année 400 000 touristes coréens. Les lycéens qui se sont rendus à Busan ont non seulement pu découvrir le mode de vie en Corée du Sud, mais ont aussi eu la possibilité de porter un regard extérieur sur leur île. Et leurs avis sur la résolution de la question des déchets étaient prometteurs : « J’ai découvert que tout comme nous, les Coréens se confrontent au problème des déchets en mer », partageait un élève, tandis qu’un autre affirmait que « c'est parce que Tsushima est une petite île que nous pouvons unir nos forces ».

Tsushima, un modèle miniature de notre société consommatrice de plastique

« Trunk Museum » est une autre activité menée par Tsushima : le projet consiste à collecter des déchets marins dans des valises et à les exposer dans les écoles primaires de l'île. Suenaga Michinao, directeur de Tsushima CAPPA, pense que c'est en communiquant avec les enfants qu'il est possible d'attirer l'attention des parents sur le problème.

Lors d'un Trunk Museum organisé dans une école primaire, des élèves ont préparé un spectacle après avoir appris que non seulement des déchets se déposent sur leur île, mais aussi que ceux qu'ils produisent eux-mêmes peuvent flotter sur les océans et finir dans d'autres pays. « Jouant » les rôles de déchets issus de différents pays tels que le Japon, la Chine, la Russie ou la Corée qui dérivent et s'échouent, les enfants ont pu faire réfléchir leurs parents sur le sujet.

« Je pense que le problème des déchets marins est similaire à celui de la paix dans le monde, commentait un des parents. On n'en prend conscience que quand la situation devient critique. Il faut que le danger soit imminent pour prendre des initiatives. »

Suenaga Michinaga, directeur de Tsushima CAPPA
Suenaga Michinao, directeur de Tsushima CAPPA

Même à Tsushima, qui agit comme un rempart contre les déchets marins pour le Japon, les habitants ne réfléchissent guère au problème de la consommation de produits en plastique. Il est d'autant plus difficile de prendre conscience, quand on habite de grandes villes lointaines comme Tokyo ou Osaka, que l'on est impliqué dans la production de ces ordures qui finissent en mer.

M. Suenaga conclut : « On ne peut pas résoudre le problème des déchets dans les zones urbaines en se contentant de les trier selon les règles établies par les municipalités. Nous sommes tous concernés, et la situation a atteint un point critique. À Tsushima, nous réfléchissons sans cesse à comment sensibiliser nos habitants et envoyer un message clair au-delà de notre île. »

L’île de Tsushima est en quelque sorte un modèle miniature de notre société qui consomme en grande quantité du plastique. Elle nous invite à réfléchir à notre relation avec cette matière, que nous utilisons et jetons au quotidien sans y penser.

Les splendides rivages de Tsushima.
Les splendides rivages de Tsushima

(Toutes les photos sont de l’auteur du présent article)