« C’est entièrement de votre faute »
« Beaucoup de gens qui viennent à notre cantine travaillent par exemple pour des agences de travail à temps partiel, et craignent que leurs contrats ne soient que temporaires, ce qui entraîne une grande incertitude pour leur avenir proche », explique M. Mori.
Malgré ces circonstances, seule une poignée de personnes demandent des conseils sur l’emploi.
« Je pense que trois raisons principales les poussent à agir ainsi. Premièrement, ils ont déjà demandé conseil à divers bureaux et agences et ont été découragés par les réponses obtenues. Par exemple, les conseillers du bureau local des normes du travail (labor standards office) les avertit qu’ils vont avoir des ennuis si leur entreprise apprenait qu’ils cherchaient de l’aide, ou bien le syndicat local va simplement déclarer que leur cas est difficile à résoudre. Par conséquent, ces gens abandonnent.
Deuxièmement, les taux de rémunération au Japon sont bas et la sécurité sociale est inadéquate, ce qui laisse beaucoup de gens penser qu’il ne peuvent rien faire jusqu'à ce qu’ils touchent le fond et meurent de faim. On leur fait croire que leur situation “est entièrement de leur faute”.
Troisièmement, il pensent être mal vus s’ils acceptent les aides sociales. Les gens peuvent également se méfier des syndicats. Il n’est pas rare que le personnel des syndicats soit accusé de tricherie et d’utiliser les cotisations perçues pour leur profit personnel. »
Partage et entraide
Est-ce que les gens qui bénéficient des aides sociales tiennent tout cela pour acquis ?
« Non, dit Mori Shinsei. Dans notre cantine pour adultes, il y en a qui essaient de rendre un peu de l’aide qu’ils ont reçue. Cette femme d'âge moyen, par exemple, ne possédait que 1 200 yens (10 euros) sur son compte lorsqu’elle est venue nous voir, et envisageait même de se suicider. Nous nous sommes arrangés pour qu’elle reçoive des prestations sociales, et elle a décidé de continuer à vivre. Maintenant, elle veut nous aider à son tour, en travaillant en tant que bénévole. Un autre participant, un homme d’une quarantaine d’années, s’est porté volontaire pour la première fois. C’est un travailleur acharné, bien que tout cela soit encore très nouveau pour lui. Il demande inlassablement aux participants s’ils souhaitent du thé avant de les servir avec enthousiasme. Avant de venir, il restait seul, puisque son médecin lui avait recommandé de ne pas travailler, mais il s’est vite senti dépassé par la solitude. Il a trouvé le programme sur internet et a commencé à se rendre aux dîners en septembre. Créer des relations de confiance est la principale raison d'être de nos cantines.
Nous ne sommes pas ici pour offrir un soutien à sens unique aux gens. Nous sommes ici pour promouvoir le partage et l’entraide. Les relations de confiance que nous construisons nous permettent de d’offrir à ces personnes le type de soutien dont ils ont besoin tout en les aidant à faire respecter leurs droits. Nous leur donnons un endroit où ils peuvent tisser des liens avec les autres. Notre programme les aide à voir que leur situation n’est pas entièrement de leur faute, et qu’il est normal d’accepter l’aide d’autres personnes. »
(Interview et texte de Kuwahara Rika, de Power News. Photos : Imamura Takuma)

