Exposition des objets témoins de la tragédie

La section suivante, intitulée « Les cris des âmes », présente des objets et des portraits qui font songer à ce qu’ont expérimenté les victimes de la bombe. Les objets et les histoires qui s’y rapportent transmettent le chagrin de tous ceux qui sont morts dans la souffrance, et la profonde tristesse de leurs proches.

Certains de ces objets sont devenus le sujet de livres pour enfants que tout le monde connaît au Japon aujourd’hui. Nous en présentons trois.

Le tricycle, donné au musée par Tetsutani Nobuo
Le tricycle, donné au musée par Tetsutani Nobuo

Le tricycle

Tetsutani Shin’ichi, qui avait trois ans et onze mois, faisait du tricycle au moment de l’explosion. Gravement brûlé, il est mort en réclamant de l’eau. Son père l’a enterré dans le jardin avec son tricycle pour qu’il puisse continuer à en faire dans l’autre monde. Quarante ans plus tard, il a décidé de transférer les ossements de son fils dans la tombe familiale, et il a offert au musée le tricycle, qui est alors sorti de terre.

La boîte à bentô, donné par Orimen Shigeko au musée
La boîte à bentô, donné par Orimen Shigeko au musée

La boîte à bentô

Au moment de l’explosion, Orimen Shigeru avait treize ans. Élève de première année au collège, il travaillait avec ses camarades à préparer la ville à de futurs bombardements. Il a été tué sur le coup. Lorsque sa mère a découvert son cadavre, il était couché sur cette boîte qui contenait son repas, un mélange de riz, de blé, et de haricots de soja, entièrement carbonisé.

Don de Asahi Kiichi au musée
Don de Asahi Kiichi au musée

Uniforme de collégien

Asahi Toshiaki, élève de première année au même collège, âgé de treize ans comme Orimen Shigeru, travaillait aussi à préparer la ville à de futurs bombardements. Presque tous ses camarades et les enseignants qui les accompagnaient sont morts. Le jeune Toshiaki qui avait été grièvement blessé a pu rentrer chez lui car il a eu la chance de croiser quelqu’un qu’il connaissait, mais il s’est éteint le 9 août au matin, la tête sur les genoux de sa mère, en la remerciant. Ses vêtements, veste et chemise, avaient été déchirés par le souffle et la chaleur, et ce qui en reste est exposé.

Le musée expose de même des documents liés à Sasaki Sadako, « le symbole de la tragédie de Hiroshima », qui avait douze ans au moment de l’explosion. Elle est décédée dix ans plus tard des suites de la leucémie causée par la « pluie noire » contenant des matériaux radioactifs tombée sur la ville immédiatement après l’impact de la bombe. C’est Sadako qui a été à l’origine du « Monument de la paix des enfants ».

Origami en forme de grue, fabriqués par Sasaki Sadako en se servant du papier des boîtes de médicaments. Don de Umeda Yoriko au musée.
Origami en forme de grue, fabriqués par Sasaki Sadako en se servant du papier des boîtes de médicaments. Don de Umeda Yoriko au musée.

Encore aujourd’hui, le musée reçoit des dons

Les collections du musée comptent environ 20 000 objets très divers : pierres et tuiles exposées à l’explosion, éléments de bâtiments, objets des victimes, leurs dessins, médicaments utilisés à l’époque, spécimens de chéloïdes humains… Cela peut paraître étonnant, mais aujourd’hui encore, près de 80 ans après la bombe, le musée reçoit cinquante à soixante dons par an.

Les donateurs, enfants ou petits-enfants de personnes qui ont vécu le drame, viennent demander conseil au musée, car ils craignent que ces souvenirs soient un jour perdus. Parmi les cas inhabituels de ces dernières années, nous mentionnerons celui d’un album de photo d’une famille d’un coiffeur, dont le salon était proche du point d’impact. Les six personnes qui la composaient sont toutes mortes dans l’explosion, mais le coiffeur, un homme passionné par la photographie, avait confié à un parent cet album qui comptait pour lui, car il craignait qu’il ne soit détruit dans un incendie causé par un bombardement.

« Dans la très grande majorité des cas, nous acceptons ces dons, après nous être longuement entretenus avec les descendants et les parents des familles concernées. La mission du musée est d’en montrer le plus grand nombre possible, afin que la mémoire du 6 août 1945 demeure éternellement avec nous », explique M. Tôya.

De grandes attentes pour le prochain sommet du G7

Lors du précédent sommet du G7 au Japon, en 2016, Barack Obama devenait le premier président américain en exercice à se rendre à Hiroshima. Dans le discours de 17 minutes prononcé dans le parc de la Paix, il a déclaré « nous devons avoir le courage de rechercher un monde dénucléarisé afin de sortir de la logique de la terreur », en parlant aussi de son propre pays détenteur lui-même de l’arme atomique.

Que ressentiront les leaders des pays du G7 pendant leur sommet à Hiroshima ? Quelles déclarations y feront-ils ? Shiga Kenji, qui était directeur du musée au moment de la visite du président Obama (et qui est actuellement professeur invité à l’Institut de recherche en biologie et médecine de la radiation de l’Université de Hiroshima), confie que son souvenir le plus marquant de 2016 a été la conférence des ministres des Affaires étrangères du G7 qui a eu lieu en avril.

Shiga Kenji (© Nippon.com)
Shiga Kenji (© Nippon.com)

Kishida Fumio, qui est aujourd’hui Premier ministre, avait alors le portefeuille des Affaires étrangères. C’est lui qui a servi de guide à ses homologues étrangers, et le groupe a visité le musée avant de déposer une gerbe devant le cénotaphe. « M. Kishida était en tête du groupe, et je fermais la marche. John Kerry, secrétaire d’État américain, et Philip Hammond, ministre britannique des Affaires étrangères, progressaient de plus en plus lentement. Il était clair qu’ils étaient frappés par ce qu’ils voyaient, et qu’ils se conduisaient comme des visiteurs individuels. »

M. Kerry s’est aussi écarté du programme officiel en se dirigeant vers le Dôme de la bombe atomique, ce qui a beaucoup embarrassé les services de sécurité. Lors de la conférence de presse qui a suivi cette visite, il a parlé avec passion de l’impression que le musée lui avait faite.

« Je l’accompagnais et je me suis dit que le président Obama allait certainement venir à Hiroshima, parce que M. Kerry ne manquerait pas de lui suggérer. Toute personne qui confronte avec humilité les objets qui ont survécu est profondément affecté par ce qu’il voit. Je souhaite que les chefs d’État qui participeront au G7 prennent le temps de le faire. Et mon espoir est que cela les conduira à exprimer sincèrement aux médias de leur pays ce qu’ils ont ressenti. »

(Reportage et texte d’Ishii Masato, de Nippon.com. Photo de titre : des collégiens japonais regardent les vêtements qui ont survécu aux jeunes de leur âge qui les portaient à l’époque. © Dôune Hiroko)