Une vie consacrée à aider l’autre
D’autres efforts en vue de préserver l’héritage de Schmoe ont vu le jour approximativement à la même époque. Également en 2004, le maire de Hiroshima a annoncé son intention de déplacer le centre communautaire d’Eba, qui se trouvait sur le tracé d’un projet d’expansion d’une route, pour qu’il échappe à la démolition. Peu après, le Musée de Hiroshima pour la paix a lancé un projet d’étude du trésor d’écrits et autres matériaux laissé par Schmoe et ses collègues que recelaient les bibliothèques de l’université de Washington. Cette dernière initiative a mis en lumière une vie consacrée à aider autrui.
Pendant la Première Guerre mondiale, Schmoe, en tant qu’objecteur de conscience, a refusé le service militaire et choisi d’apporter son assistance aux soldats blessés et aux réfugiés de guerre en Europe. Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, il a vigoureusement protesté contre l’internement de citoyens nippo-américains et offert son soutien aux membres de la communauté des émigrés japonais en Californie. Après la guerre, il s’est tourné vers l’aide aux habitants de Hiroshima et Nagasaki, via la construction de domiciles pour les victimes du bombardement atomique dans les deux villes. En 1953, informé de la crise des réfugiés en Corée, il s’est rendu sur la péninsule pour leur apporter son secours, notamment en mettant les résidents à contribution pour construire quelque cent domiciles. Après la crise du canal de Suez, survenue en 1956, il est allé en Égypte aider les réfugiés déplacés par le conflit.
Ochiba Hironobu, du département de la conservation du Musée de Hiroshima pour la paix, déclare que le travail effectué par Schmoe à Hiroshima est le reflet d’une approche pragmatique du militantisme : « Après la guerre, l’aide aux hibakusha a afflué du monde entier, mais Schmoe ne s’est pas contenté de fournir de l’argent et des provisions. Il s’est senti obligé de se rendre à Hiroshima pour vivre et travailler aux côtés des Japonais en vue d’aider ceux qui en avaient besoin. »
L’héritage de l’amitié
Nishimura a été touchée par l’impact que le projet Maisons pour Hiroshima a exercé sur ceux qui y ont participé. À travers cette expérience, dit-elle, les volontaires américains et japonais « ont forgé des liens profonds et durables ». Elle cite le récit d’un volontaire, qui a écrit que « la stupidité flagrante de la guerre m’a frappé lorsqu’il m’est apparu que nous pouvions passer, en quatre brèves années, du statut d’ennemis mortels à celui de fidèles compagnons. »

Parmi les objets découverts par Nishimura et d’autres au cours de leurs recherches figure l’image d’un panneau signalant le projet de camp de travail de « Maisons pour Hiroshima ». La photo repésente Schmoe et un de ses collègues sur un site de construction où ils accrochent le panneau, sur lequel est inscrite en japonais et en anglais la devise du projet :
- Bâtir la compréhension —
- En construisant des maisons —
- Pour que la paix puisse exister
Selon les récits dont on dispose, les sites de construction ont attiré des résidents locaux, et notamment des enfants, intrigués à la vue des jeunes étrangers et japonais travaillant côte à côte.
Nishimura observe que, de nos jours, le conflit en Ukraine a fait renaître dans l’esprit des gens le spectre de la guerre nucléaire. « Cette préoccupation va en s’aggravant », dit-elle. « Je l’ai constaté à l’occasion de mes activités de volontaire au Musée de Hiroshima pour la paix. Les visiteurs réalisent peu à peu ce que Hiroshima et Nagasaki représentent vraiment. » Mais elle ne souhaite pas que l’attention se focalise sur les cicatrices laissées par le bombardement. « Je veux que les gens voient Hiroshima comme un symbole de renouveau et de pacification, et qu’ils passent ce message aux jeunes générations. » Elle considère la Maison Schmoe comme une incarnation de ce message. « Elle est si petite qu’on pourrait aisément passer devant sans même la remarquer. Mais c’est un monument émouvant qui rend hommage au pouvoir de l’espoir.
(Reportage et texte d’Ishii Masato, de Nippon.com. Photo de titre : des volontaires posent à l’extérieur d’un site un panneau sur lequel est inscrite la devise du projet Maisons pour Hiroshima. Don de Jean Walkinshaw ; avec l’aimable autorisation du Musée de Hiroshima pour la paix.)


