Sept années dans les livres

L’ancien mafieux rentre alors chez lui à Iwaki et se met à étudier. « J’avais passé tellement de temps avec les yakuza que je ne pouvais même plus simplement rester assis à un bureau, alors encore moins pour étudier... », confie-t-il, pourtant jadis un bon élève à l’école. « Mais dans mon cas, il y avait les conséquences de mon addiction à la drogue, et si j’arrivais enfin à me concentrer, je finissais par en faire trop. C’est comme ça que j’ai décidé de me fixer un certain nombre de limites ; étudier pendant une demi-heure et aller marcher pendant une demi-heure, et ainsi de suite. De cette façon, je parvenais à rester focalisé. »

Morihashi étudie alors comme un enragé, tel Ôhira Mitsuyo avant lui. Et bien lui en a pris puisqu’il obtient d’abord une qualification en tant qu’agent immobilier. Ensuite, il réussit un examen qui lui permet de devenir écrivain public dans le domaine juridique. Il déménage à Osaka et s’inscrit à l’école de droit de l’Université du Kansai. Enfin, en 2013, il réussit l’examen du barreau, le plus haut niveau de qualification juridique au Japon. Entre 5 000 et 8 000 heures d’étude sont nécessaires. Il lui aura fallu sept ans après sa condamnation pour trafic de drogue.

À cette époque, je subissais toujours les effets de ma dépendance à la méthamphétamine. « Il y a eu des moments où c’était vraiment difficile. En reprendre, je ne pensais qu’à ça. Après avoir fait n’importe quoi avec mon cerveau, j’ai eu des hauts et surtout des bas. Et dans ces moments-là, ma tête ne marchait plus du tout normalement. Même encore maintenant, j’ai toujours de terribles céphalées et je ne peux plus me passer de tranquillisants ».

L'insigne remise aux avocats au Japon, témoignage d’un dévouement rare.
L’insigne remise aux avocats au Japon, témoignage d’un dévouement rare.

Son diplôme de droit en poche, il travaille dans des cabinets d’avocats à Osaka et à Tokyo, où il s’occupe principalement d’affaires pénales. C’est un choix qu’il fait pour pouvoir mettre pleinement à profit son parcours atypique. Son entourage, y compris l’avocate qu’il considérait comme sa plus grande bienfaitrice, Ôhira Mitsuyo, lui ont conseillé de garder son passé secret, pour éviter les malentendus et les préjugés.

Les yakuza, une image qui colle à la peau des parents comme des enfants

En 2022, après huit ans passés à exercer en tant qu’avocat, il apparaît dans une émission sur YouTube, animée par Maruyama Gonzales, spécialiste des sociétés clandestines. Morihashi révèle alors son passé de yakuza. Et c’est lui-même qui avait fait cette demande avant le tournage. Pourquoi ?

« Certains de mes clients pensent qu’ils ne gagneront rien à se confier ou même à dire la vérité, puisque ni leur avocat ni le juge ne comprendraient leurs actes. De nombreuses fois, j’ai eu le sentiment que si je leur parlais de mon passé, ils s’ouvriraient à moi. »

Morohashi Yoshitomo a pu se réinsérer dans la société grâce à Ôhira Mitsuyo. Pour lui, il est ainsi de son devoir d’encourager la réhabilitation d’autres personnes, en difficulté comme il l’a été.

Certains de ses clients entretiennent aussi des liens avec les yakuza. Morohashi ne s’épargne pas ses efforts pour convaincre les membres actifs de quitter ces gangs et se lancer dans une nouvelle vie, sur le droit chemin. Mais en vérité, la plupart des membres en eux-mêmes confient vouloir raccrocher, parce que la vie y est difficile et que leur « carrière de mafieux » ne leur apporte rien.

Mais le retour d’un voyou à la vie normale n’est pas une chose aisée. Selon les « ordonnances d’exclusion des yakuza », même après avoir quitté un gang, pendant cinq ans, vous restez considéré comme membre d’une « force antisociale », ce qui signifie par exemple que vous ne pouvez pas ouvrir un compte bancaire pendant cette période. Et sans compte bancaire, comment louer une chambre ou chercher un emploi ? Nombreux sont les anciens membres qui tentent de se réinsérer mais qui échouent. Alors ils replongent et finissent par réintégrer l’organisation.

« Après avoir quitté leur clan, certaines personnes n’arrivent toujours pas à ouvrir un compte à la banque, même après cette période de cinq ans. Dans mon cas à moi, j’avais réussi à en ouvrir un, mais ma demande de prêt avait été bloquée en voulant acheter une maison. »

Dans certains cas, les enfants de ces personnes sont exclus des activités d’une communauté à cause du passé de leurs parents. « Les enfants ne peuvent choisir ni leur père ni leur mère. Je trouve qu’il est vraiment très triste qu’ils doivent souffrir à cause de leurs parents. »

Morohashi Yoshitomo a fait l’objet d’insultes sur les réseaux sociaux. « Qui se préoccupe de ce qu’un yakuza a à dire ? », mais cela ne l’atteint pas. Non, ce qu’il l’importe, c’est de prévenir les nouveaux dommages causés par la tendance à l’ « exclusion excessive ».

« La société devrait s’intéresser davantage à la réhabilitation qu’à l’exclusion. Elle ne devrait pas mettre à l’écart des personnes qui cherchent à se réintégrer. »

Récemment, Morohashi Yoshitomo reçoit de plus en plus de demandes de représentation de la part de lecteurs de son livre. « Certains d’entre eux étaient défendus par de grands cabinets d’avocats, mais ils viennent me voir en me confiant que ce qu’ils veulent, c’est un avocat en qui ils auront plus facilement confiance » explique-t-il un sourire timide sur les lèvres.

(Interview et texte de Mori Kazuo, de Power News. Toutes les photos : © Ikazaki Shinobu)