Les entreprises américaines et européennes dans les années 1970
Dans les années 1970, un bon nombre des plus grands fabricants de machines-outils se trouvaient aux États-Unis. On peut citer Cincinnati Milacron, Moore, Warner & Swasey, Burgmaster, Giddings & Lewis, Kearney & Treckar. Au début de la décennie, j’ai couvert, en tant que reporter néophyte, l’exposition de Chicago sur les machines-outils (l’une des trois grands salons internationaux dédiés à cette activité), et j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs de ces entreprises de premier plan. En tant que producteur de composants stratégiques destinés à l’aéronautique et à la construction automobile, les usines de machines-outils sont en général inaccessibles aux visiteurs. Mais il semble que les gens aient été disposés à sortir des sentiers battus lorsqu’ils ont su que je venais d’un pays aussi lointain que le Japon.
À l’époque, les Américains, qui tiraient une grande fierté de leur technologie, se montraient très accueillants à l’égard des visiteurs. Chez les fabricants japonais de machines-outils, les techniciens cherchaient à imiter l’exemple américain. C’est cette motivation qui a incité Toshiba Machine Group à créer la coentreprise K&T Toshiba Machine, le prototype des centres d’usinage actuels.
Le journaliste américain Max Holland, fils d’un ancien employé de Burgmaster, a écrit un essai sur cette entreprise, intitulé When the Machine Stops, dans l’introduction duquel on peut lire ceci : « Jadis, aux États-Unis, fabrication et économie étaient pratiquement synonymes. Le système américain de fabrication, autrement dit la production en séries, était l’emblème principal d’une économie qui faisait à la fois l’admiration et l’envie du monde.»(*2) Dans les années 70, les entreprises de machines-outils faisaient intégralement partie du système américain. Et pourtant ces sociétés ont disparu de la scène l’une après l’autre, Burgmaster comme les autres, ainsi que Holland le raconte dans son essai. On trouve dans l’édition de mars 2011 de Machine Tool Scoreboard (Gardner Publication Inc.) une liste des 143 plus grandes entreprises du monde classées par le volume de production. Gleason, un fabricant d’outils de rectification pour engrenages automobiles classé en quinzième position, était l’unique survivant américain sur une liste jadis dominée par ses compatriotes.
L’Europe ne manquait pas non plus de fabricants de premier plan. Une réputation de qualité et de précision s’attachait à leur production et, dans les années 60 et 70, les fabricants japonais se bousculaient pour nouer des accords de coopération technique avec les firmes européennes. Comme aux États-Unis toutefois, des entreprises qui avaient été les premières sur le marché, mais n’ont pas réussi à s’adapter au changement, ont été reprises ou rachetées. Les noms de certaines d’entre elles sont restés en tant que marques, mais en réalité la plupart ont cessé d’exister en tant qu’entités autonomes. Parmi celles qui sont restées sur la touche, figurent des entreprises pilotes comme Sip et DIXI (tous deux fabricants de perceuses de précision, Suisse), Hauser (perceuses fraiseuses, Suisse), Reishauer (rectifieuses à engrenages, Suisse), Cazeneuve (tours à jauge, France) et Jones & Shipman (rectifieuses, Grande-Bretagne). En dépit de ce déclin, 18 entreprises allemandes figurent toujours au classement de Machine Tool Scoreboard, dont Trumpf (seconde place), Gildemeister (cinquième), Maag (douzième), Schuler (quatorzième) et Index (dix-septième). Aujourd’hui encore, l’Allemagne reste le premier concurrent du Japon dans le secteur des machines-outils.