Une nette diminution des ressources financières et humaines

La première raison du déclin des performances de la recherche scientifique japonaise, c’est l’augmentation relativement peu rapide de ses dépenses. Depuis l’an 2000, les investissements dans la science et la technologie ont progressé de façon spectaculaire dans les pays industriels développés et en voie d’industrialisation les plus importants. En Chine, par exemple, les dépenses de recherche-développement ont septuplé au cours de ces dix dernières années. En Corée du Sud, le budget de recherche-développement a été multiplié par deux et demi. Dans les pays occidentaux, la tendance à l’augmentation est restée globalement un peu plus faible, mais les dépenses pour la recherche n’en sont pas moins près de deux fois plus élevées que durant la décennie précédente. Au Japon en revanche, elles n’ont augmenté que de 5,9 %, entre 2000 et 2009. Les restrictions budgétaires ont eu un impact considérable sur certains programmes, comme la recherche spatiale, et sur la construction de centres de recherches de pointe de grande envergure.

Un autre problème majeur, c’est la façon dont les fonds sont alloués aux chercheurs. Au Japon, le financement de la recherche fondamentale est en grande partie assuré par l’État et il prend la forme de subventions pour la recherche scientifique. Or le budget pour ces subventions, qui tourne autour de 200 milliards de yens, n’a pratiquement pas évolué. Dans le même temps, on constate une recrudescence des critiques vis-à-vis de l’influence excessive, dans la répartition de ces fonds, d’un petit groupe de savants âgés qu’on accuse volontiers de ne pas tenir compte des grandes tendances de la recherche mondiale. Les chercheurs qui travaillent dans des universités situées en dehors de la capitale japonaise affirment que les subventions sont massivement attribuées à leurs collègues de Tokyo et de ses environs.

La seconde raison de la stagnation des performances de la recherche scientifique japonaise, c’est le nombre relativement peu élevé des chercheurs. En 2008, c’est la Chine qui avait le plus grand nombre de chercheurs (1,6 million) dans le monde, et elle était suivie de près par les Etats-Unis (1,4 million). Mais le Japon n’en compte que 700 000, soit la moitié par rapport aux Etats-Unis et un peu moins de la moitié par rapport à la Chine. (Les données ont été corrigées pour donner un équivalent à temps plein.) Par ailleurs, les femmes sont peu représentées dans le monde de la recherche japonais et les savants étrangers qui viennent poursuivre leurs recherches dans l’Archipel sont relativement peu nombreux. A cela vient s’ajouter un autre problème, celui de l’absence de perspectives de carrière intéressantes pour les jeunes chercheurs les plus doués. Après avoir longuement travaillé d’arrache-pied pour obtenir leur doctorat, ils doivent en général se contenter de vivre pendant des années dans l’incertitude avec en tout et pour tout des bourses de recherches post doctorales temporaires. Voilà pourquoi le Japon a pris autant de retard dans la formation de chercheurs talentueux et perdu en grande partie la capacité de les attirer.

Les failles du système

Les progrès de la science et de la technologie dépendent non seulement des fonds et des personnes qui y sont engagés mais aussi du soutien des institutions dont ils dépendent. Or le système et les institutions sur lesquels repose la recherche scientifique présentent un certain nombre de failles. Au Japon, le monde de la recherche est étroitement lié aux universités. En 2004, celles-ci ont été reconverties en sociétés anonymes spéciales pour renforcer leur autonomie, mais les résultats se sont avérés décevants. Les subventions de recherche sont accordées par des agences rattachées à de multiples ministères qui n’ont pas l’habitude de communiquer entre elles et de coordonner leurs actions. C’est ce qui explique l’incohérence et le manque d’efficacité du système de financement national. A cause de ces problèmes systémiques, le Japon a été devancé par les autres pays dans l’acquisition des normes internationales ISO et ses progrès dans la recherche fondamentale ne débouchent pas sur de nouvelles perspectives commerciales.

Le système de règlementation du Japon est lui aussi très souvent mis en cause. Si la recherche fondamentale en matière de sciences de la vie est relativement avancée au Japon, comme le prouve le prix Nobel attribué en 2012 à Yamanaka Shinya, les règlements très stricts imposés par le gouvernement empêchent l’Archipel de faire jeu égal avec les Etats-Unis et l’Europe en matière de produits pharmaceutiques et d’applications cliniques.