Un fonds de recherche pour travailler en collaboration avec d’autres pays de l’Asie

Que doit faire le Japon pour résoudre ces problèmes et retrouver son dynamisme dans le domaine de la science et de la technologie ?

La solution la plus évidente, c’est d’augmenter les investissements dans la recherche-développement et d’attirer davantage de gens dans la recherche scientifique. Toutefois, en raison de la crise financière que traverse actuellement le Japon et du vieillissement rapide de sa population, il ne faut pas s’attendre à une augmentation significative du financement de l’État ou des ressources humaines. Le pays est confronté à des réductions budgétaires qui ont une incidence directe sur la vie de la population, dans les domaines de la santé, des services sociaux et des retraites. Nous devons bien entendu joindre nos forces et nous battre pour défendre nos intérêts, mais il faut aussi que nous soyons conscients du fait que, en raison des circonstances, il ne sera pas facile d’augmenter les dépenses du gouvernement en ce qui concerne la science et la technologie — un domaine que la majorité des Japonais ne considèrent pas comme une priorité.

Je crois qu’il faut aborder la situation d’une manière beaucoup plus créative. Le Japon a tout intérêt à créer un réseau qui lui permette de travailler avec d’autres pays de l’Asie, à commencer par la Chine, la Corée du Sud, et les États de l’Asie du Sud-Est, de façon à mettre en commun leurs ressources en matière de science et de technologie et à pouvoir tenir tête aux pays occidentaux.

Un des objectifs naturels de cette collaboration serait la construction d’un centre doté d’un synchrotron (une sorte d’accélérateur de particules qui courbe la trajectoire des électrons et les pousse à produire de la lumière) de quatrième génération. La construction du synchrotron de troisième génération SPring-8, dans la préfecture de Hyôgo, a coûté 110 milliards de yens. Pour bâtir un grand centre de recherche-développement en commun, il faudra débourser 100 milliards de yens. Le Japon devrait encourager un partenariat régional qui permette de partager les frais de construction avec des pays de la région. Grâce à ce type de collaboration, chacun des participants pourrait profiter au maximum des fonds et du personnel qui seraient à leur disposition.

Nous devrions par ailleurs mettre en commun nos ressources au sein d’un fonds régional pour la recherche qui favoriserait les échanges de personnel entre les pays de la région. Le Japon, la Chine et la Corée du Sud pourraient chacun investir un montant proportionnel à ses capacités dans un fonds qui subventionnerait les recherches de savants de ces trois États et d’autres pays des environs. A l’heure actuelle, les chercheurs japonais ont beaucoup trop peu d’occasions de tester leurs capacités et de découvrir de nouveaux horizons en collaborant avec des collègues d’autres pays. L’Europe a mis en place un Conseil européen de la recherche (CER) qui accorde des subventions à des chercheurs de tous les pays européens et encourage les échanges de personnel intra-régionaux. Les Etats-Unis fascinent les scientifiques du monde entier, qui sont attirés comme par un aimant. Depuis quelques temps, les chercheurs des pays de l’Asie de l’Est ont fait d’immenses progrès, mais ils ont toujours les yeux rivés vers l’Occident où ils espèrent avoir l’occasion de faire des recherches ou de nouer des liens. Un fonds pour la recherche destiné aux chercheurs de l’Asie de l’Est serait un bon moyen de former des talents scientifiques dans la région tout en posant les fondations d’un rapprochement économique et politique.

Les tensions entre le Japon et ses voisins chinois et sud-coréen ont eu un impact négatif sur les échanges et la collaboration scientifiques entre les trois pays. Mais les Japonais ne peuvent pas inaugurer à eux seuls une nouvelle ère dans le domaine de la science et de la technologie. Au lieu de laisser les frictions politiques interférer dans les projets de partenariat scientifique, nous devons continuer dans la voie de la collaboration avec d’autant plus d’énergie qu’elle servira de base à un rapprochement économique et politique avec nos voisins de l’Asie de l’Est.

(D'après un original en japonais écrit en novembre 2012.)