Diplomatie asiatique : M. Abe marche-t-il sur les traces de son grand-père ?

——Le premier ministre Abe a montré son intention d’accorder une haute priorité aux relations du Japon avec d’autres pays de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Depuis le début de son mandat actuel, son premier déplacement à l’étranger a eu pour destination trois pays de l’Asie du Sud-Est [le Vietnam, la Thaïlande et l’Indonésie], où il s’est rendu au milieu du mois de janvier de cette année. Il est en outre allé en Mongolie en mars et au Myanmar en mai. La diplomatie asiatique de M. Abe a-t-elle produit les résultats escomptés ?

YACHI  Et bien au-delà... Je pense d’ailleurs que la population apprécie aussi ces efforts. Le gouvernement PDJ de Hatoyama Yukio a donné l’impression qu’il souhaitait axer la politique étrangère du Japon davantage sur l’Asie que sur l’alliance nippo-américaine, mais le cabinet Abe a clairement laissé savoir que sa diplomatie asiatique se fonde sur le pivot de l’alliance nippo-américaine. À l’origine, le premier ministre avait en fait le projet de se rendre d’abord aux États-Unis pour réaffirmer l’engagement irréductible du gouvernement en faveur de l’alliance bilatérale, et de visiter ensuite l’Asie. Les choses ont fait que sa première destination a finalement été l’Asie du Sud-Est, en raison de problèmes d’échéanciers apparus du côté américain.

——J’ai cru comprendre qu’il projette de rendre visite aux dix membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

YACHI  Le vice-premier ministre Asô est récemment allé en Inde, Kishida Fumio, le ministre des Affaires étrangères a effectué des visites aux Philippines, à Singapour, au Brunei et en Australie. En voit donc que, à eux trois, ils se sont arrangés pour couvrir le plus gros de l’Asie du Sud-Est et de l’Océanie et, dans l’ensemble, cela s’est très bien passé.

L’ancien premier ministre Kishi Nobusuke, grand père de M. Abe, plaçait lui aussi les relations du Japon avec les pays de l’Asie du Sud et du Sud-Est très haut sur la liste de ses priorités. Lorsqu’il est entré en fonction, son premier pas a consisté à se rendre en Asie du Sud-Est pour obtenir le soutien des pays de la région, avant d’aller aux États-Unis parler de la révision de l’ancien traité de sécurité nippo-américain, qui constituait le premier point du programme de son gouvernement. Il est tout à fait possible que le premier ministre Abe ait conçu son programme diplomatique en ayant la stratégie de M. Kishi présente à l’esprit.  (À suivre en deuxième partie.)

(L'interview a été effectuée en japonais le 27 juin 2013 par Harano Jôji, directeur représentatif de la fondation Nippon Communications. Photographies de Hanai Tomoko.)

Les ressorts de la nouvelle diplomatie de M. Abe (2ème partie)

(*1) ^ La piste 2 et la piste 1,5 sont des canaux diplomatiques informels permettant des échanges non officiels. Dans la piste 1,5, où ils participent aux réunion à titre privé, les membres des gouvernements peuvent exprimer franchement leurs opinions individuelles.——N.D.L.R.