Les entreprises douteuses qui « bouffent » les jeunes

Un autre grave problème concerne ce que l’on appelle les Black Kigyô (entreprises douteuses). Une black kigyô, c’est une entreprise qui exige de ses employés des horaires à rallonge, de réussir des objectifs irréalisables, qui ne paie pas les heures supplémentaires, qui pratique le licenciement abusif, où le harcèlement d’autorité est monnaie fréquente. En un mot, ce sont des entreprises qui « bouffent » les jeunes. Le résultat est que de nombreux employés de ces entreprises se retrouvent avec des problèmes de santé mentale, et que le taux de démission des employés est élevé. C’est devenu un problème social, au point que le terme a été nommé pour « Les mots de l’année 2013 ».

Le problème de la pénurie de main-d’œuvre a un effet délétère sur celui des black kigyô. Car quand une entreprise ne parvient pas à recruter les employés dont elle a besoin, c’est la charge de travail des autres qui augmente.

Plus récemment ce problème a même gagné les emplois précaires, au point que l’on parle de Black Baito. Qu’est-ce qu’un black-baito ? Dans un livret publié dans le cadre d’un projet réunissant des professionnels des questions de travail et de droit du travail pour lutter contre les black kigyô et intitulé « Comment lutter contre le black-baito – Votre job d’étudiant vous empêche-t-il de mener avec succès vos études ? », le professeur Ôuchi Hirokazu, de l’Université Chûkyô, en donne la définition suivante :

 « Un black-baito est un job précaire qui ne respecte pas le statut de l’étudiant employé. Cette situation est apparue parallèlement à la tendance à la précarisation et à l’augmentation des jeunes ayant un travail irrégulier (freeter). Les personnels employés sont soumis, pour de très bas salaires, à des quotas et des obligations similaires à celles des employés en CDI, qui les obligent à sacrifier leurs études. »

Concrètement, cela peut être le non-paiement des heures supplémentaires, des amendes pécuniaires en cas de problèmes, l’absence de temps de pause, du harcèlement sexuel ou des abus d’autorité, des pressions à la démission (ou au contraire des pressions à ne pas démissionner en imposant un travail), une nomination pseudo-hiérarchique à un grade de baito-leader (chef d’équipe de travailleurs à temps partiel) qui revient à assumer la même quantité de travail et de responsabilité que les employés en CDI, etc.

Ce phénomène est apparu du fait que, n’ayant aucun moyen de pression contre leur employeur, les étudiants ont de plus en plus de difficultés à trouver des jobs correspondant à leurs aspirations. La pression porte à la fois sur les étudiants en contrat précaire, mais également sur les employés en CDI qui devront assumer la charge de travail des précaires si ceux-ci démissionnent. La situation prend alors une tournure de cercle vicieux.