Le pouvoir de médias inexistants sur le continent chinois
L’Internet et les Smartphones ont joué un rôle majeur au niveau de l’efficacité de ces manifestations. Lorsque, dans l’après-midi du 28, la police commence à lancer ses grenades lacrymogènes contre les manifestants descendus dans la rue, des photos sont prises avec les téléphones mobiles, puis mises sur le réseau. Outragés, les résidents de Hong Kong rejoignent et viennent très rapidement grossir les rangs des protestataires.
L’information se répand simultanément dans le monde entier et se fait vite remarquer des médias occidentaux. Les images des étudiants et des résidents se protégeant contre les grenades avec des parapluies ont suscité un large mouvement de sympathie dans le monde. Facebook, interdit sur le continent chinois, a servi de lien essentiel pour relier les manifestants à leurs supporters à l’étranger. Devant les caméras de CNN et de la BBC, les étudiants et les citoyens persistant dans leur volonté de non-violence font preuve d’une éthique de haut niveau, parfaitement crédible sur le plan international. Observées par le monde entier, la police et l’administration de Hong Kong comme les autorités chinoises ont été contraintes de renoncer à toute intervention forcée, prolongeant la durée de l’occupation des rues. Ainsi, ce qui a protégé les citoyens et les étudiants de Hong Kong désarmés, ce sont les valeurs de la norme internationale, réclamant la démocratie en s’opposant à la violence.
Le front du conflit idéologique mondial
Cet antagonisme entre les autorités chinoises et les partisans de la démocratie à Hong Kong est de fait un conflit entre deux systèmes politiques. Les revendications pour le « consensus de Washington », partisan de la liberté, de la démocratie et du libre échange, contre le « consensus de Pékin », autoritarisme et capitalisme d’Etat, sont une reproduction à échelle réduite de la lutte idéologique qui a lieu sur le plan mondial. Hong Kong est donc aujourd’hui le front de ce conflit qui peut être qualifié de « guerre froide ».
La gravité de cette nouvelle guerre froide a pu se mesurer à la durée prolongée du mouvement de protestation. Pékin s’est jusqu’à présent toujours opposé à la démocratie occidentale. Le Parti communiste chinois, qui a choisi de réprimer par la force brutale le mouvement étudiant de Tian’anmen initié par la vague de démocratisation en Europe de l’Est et en URSS, continue encore aujourd’hui, alors même que la Chine est devenue la seconde puissance mondiale, de considérer la démocratie comme un complot visant à le renverser. C’est pour cela que Pékin n’acceptera jamais les revendications des manifestants de Hong Kong pour une démocratie selon la norme internationale.
Hong Kong ne représente que 0,5% de la population de la Chine et compte pour moins de 3% dans son PIB. En fonction de ce rapport de forces, les dirigeants du gouvernement chinois ont pensé pouvoir obliger Hong Kong à obéir par la force. Et il est vrai que les partisans hongkongais de la démocratie n’ont ni pouvoir financier ni pouvoir militaire. Mais ils n’en sont pas isolés pour autant. Ce qu’ils réclament semble juste par rapport à la norme internationale, leurs valeurs ont une résonance dans le monde entier et ils savent que Pékin ne pourra pas facilement les écraser.
Le mélange des intérêts des grandes puissances
La continuité de ce mouvement de protestation est aussi une des caractéristiques de cette nouvelle guerre froide qui se joue dans le contexte du mélange des intérêts des grandes puissances sur la scène mondiale. Les Etats-Unis n’ont aucune envie de détériorer leurs relations avec la Chine, puisqu’il souhaitent recevoir sa collaboration dans la lutte contre l’Etat islamique. La Grande-Bretagne a été jusqu’à annoncer tout d’abord que la décision du Comité central en août était une étape importante vers des élections libres. La communauté internationale n’a donc aucun moyen de faire plier Pékin.
L’organe de presse du Parti communiste chinois, le Quotidien du Peuple, a très vivement critiqué le mouvement de protestations de Hong Kong. Pour la Chine, le gouvernement doit rester ferme par rapport aux manifestations. Mais la Chine, premier pays bénéficiaire de la mondialisation de l’économie, ne peut plus prendre le risque de s’isoler du reste du monde en répétant aujourd’hui la répression de Tian’anmen et en faisant fi des valeurs de la norme internationale. Les autorités chinoises ont donc adopté une stratégie « ni compromis, ni effusion de sang », et le mouvement de protestation peut rester ainsi stationnaire pendant longtemps. Ce qui correspond exactement à une situation de guerre froide. Ce qui se passe aujourd’hui à Hong Kong est en fait la reproduction en miniature de la politique internationale.
(Photo de titre : une pancarte avec le slogan « Vers la liberté » sur les barricades dans le district commercial de Hong Kong. Le 16 octobre 2014. Reuters/Aflo)