Les failles des nouvelles normes de sécurité

Malgré les réformes mises en place après la fusion des réacteurs de 2011, les questions fondamentales sur la sécurité de l’énergie nucléaire au Japon restent encore sans réponse.

Le rapport final du Comité d’enquête sur l’accident de la centrale de Fukushima ainsi qu’une pléthore de rapports externes ont montré du doigt l’esprit de complaisance qui a miné la politique de la sécurité du nucléaire au Japon avant 2011 et laissé le pays – avec sa forte densité de population et ses risques élevés de catastrophe naturelle – à la merci d’un accident catastrophique. Le gouvernement devait à l’évidence établir une réglementation bien plus rigoureuse s’il voulait résusciter le programme nucléaire du Japon. En septembre 2012, il crée l’Autorité de réglementation nucléaire et, en juillet 2013, l’ARN adopte de nouvelles normes de sécurité pour les réacteurs utilisés dans les centrales nucléaires.

Malheureusement, la nouvelle réglementation est également inadéquate pour assuer la sécurité des installations d’énergie nucléaire au Japon.

Le premier problème, c’est que les nouvelles normes sur lesquelles le screening et l’inspection des installations doivent se baser sont tout simplement trop laxistes. S’il est vrai que ces nouvelles règles sont basées sur les normes internationales, ces normes internationales elles-mêmes reposent sur un statu quo. Elles ont été mises en place afin de pouvoir être atteintes par la plupart des réacteurs déjà exploités.

En substance, l’ARN s’est assurée que tous les réacteurs existant au Japon soient capables de correspondre aux nouvelles normes avec l’aide de modifications morceau par morceau à un prix raisonnable – une remise en conformité, en quelque sorte. Dans la pratique, les entreprises doivent juste ajouter une nouvelle couche de gestion des urgences et quelques équipements de secours pour être conformes aux nouvelles normes de préparation des urgences. Les estimations des intensités sismiques et des hauteurs de tsunami dans chaque région ont été révisées à la hausse mais pas au point où elles nécessiteraient des modifications fondamentales de conception.

Le second problème de base, c’est que les nouvelles normes ne couvrent pas tous les niveaux de la « défense en profondeur » prônée par l’Agence internationale de l’énergie atomique sur son échelle internationale des événements nucléaires en sept étapes. Elles ne vont que jusqu’au Niveau 4 (« contrôle des conditions difficiles y compris prévention de la progression d’un accident et atténuation des conséquences d’un accident grave ») et s’arrêtent avant les exigences du Niveau 5 pour répondre à des accidents mettant en danger les zones environnantes par la libération significative de matériaux radioactifs.

Selon l’Acte sur les mesures spéciales concernant la préparation à l’urgence nucléaire, les gouvernements des préfectures et des municipalités situées dans un rayon de 30 kilomètres autour d’une centrale nucléaire ont la pleine et entière responsabilité de la préparation et de la planification de l’évacuation provoquée par des accidents nucléaires aux conséquences plus graves, dont l’impact dépasserait l’enceinte de la centrale. Conformément à cette loi, les plans doivent intégrer tous les éléments d’une liste de contrôle mandatée mais ils ne sont soumis à aucune révision externe. L’ARN ne considère donc pas la préparation locale et les plans d’évacuation en cas de catastrophe nucléaire comme faisant partie de sa réglementation.

La catastrophe de Fukushima n’est pas finie

Les risques en relation avec l’énergie nucléaire sont sans commune mesure avec ceux des autres technologies civiles. Un accident nucléaire peut provoquer des dommages catastrophiques étendus sur une très vaste région et perdurant pendant de nombreuses années. En septembre 2015, le nombre de personnes déplacées en raison de l’accident de Fukushima se montait à 107 700 personnes. Les dommages causés par l’accident ont d’ores et déjà atteint 11 000 milliards de yens et le compte final atteindra très probablement plusieurs fois cette somme. En outre, les problèmes de sécurité de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi sont encore loin d’être résolus.

Les trois conditions de base pour maîtriser un accident nucléaire sont d’arrêter la réaction en chaîne, de refroidir le combustible et de contenir le matériau radioactif. Si l’on applique ces critères, l’accident de Fukushima n’est pas encore sous contrôle après plus de quatre ans. Le système d’injection d’eau utilisé pour refroidir le combustible fondu a été pénalisé par des problèmes de fiabilité. Pour ce qui est du confinement, les matériaux radioactifs rejetés sur une très vaste superficie pendant l’accident ne seront jamais récupérés, ni les eaux usées radioactives qui ont été déchargées dans l’océan. En outre, les travailleurs ont été incapables de localiser l’emplacement du combustible hautement radioactif qui s’est échappé des réacteurs pendant leur fusion.

À bien des égards, la progression et les causes de l’accident sont restées imprécises jusqu’à aujourd’hui. Comment pouvons-nous, sans connaître ces éléments, instituer des mesures de sécurité efficaces pour assurer que de tels accidents ne se reproduiront plus à l’avenir ?