La tactique du « détroit international » ébranle la sécurité nationale japonaise
Le Japon ne peut absolument pas reconnaître la revendication chinoise concernant le détroit de Tokara mais la réponse du gouvernement japonais au moment de cette incursion dans ses eaux territoriales en juin n’a pas été le message fort qui s’imposait pour la rejeter.
Il faut immédiatement énoncer une position de principe explicite face à la Chine dans les termes suivants :
1- Le Japon ne reconnaît pas le détroit de Tokara comme un détroit international.
2- Cette revendication chinoise d’un droit de passage en transit est une interprétation unilatérale du droit international, que le Japon ne saurait accepter.
3- La répétition de ce genre de revendications constituerait un défi aux intérêts nationaux et à la souveraineté japonaise.
4- Le Japon prendra les mesures qui s’imposent vis-à-vis de futures actions de ce type. Particulièrement s’il y a passage d’un sous-marin en plongée, il donnera l’ordre d’une opération de sécurité maritime.
De plus, le Japon a la possibilité de mettre en œuvre vis-à-vis de la Chine des mesures semblables à celles des bâtiments chinois à son égard. Concrètement, il peut envoyer un bâtiment des Forces maritimes d’auto-défense dans les eaux contiguës chinoises, et utiliser le droit de passage en transit dans un détroit situé dans les eaux territoriales chinoises en prétextant qu’il s’agit d’un détroit international. Ce ne serait pas simplement « rendre à la Chine la monnaie de sa pièce », mais vérifier et utiliser les droits reconnus par le droit international, une initiative établie dans les pratiques des marines de chaque pays. Les droits reconnus par le droit international, s’ils ne sont pas utilisés, deviennent fréquemment non établis au sens large. Les règles du droit international s’établissent à partir du moment où elles sont appliquées.
Au Japon, la résistance psychologique vis-à-vis de la prise de telles initiatives en temps de paix demeure forte, mais si l’on fait profession d’être un pays où règne le droit, il est naturel de résolument mettre en œuvre quand il le faut par les actions décrites ci-dessus, en tant que membre de la communauté internationale et en tant que membre influent de celle-ci.
Il est évident que ce genre d’initiatives ne constituerait pas une provocation armée et servirait à confirmer le droit international. Si le Japon ne réagit pas ainsi, il reconnaîtra implicitement et graduellement la revendication chinoise. La tactique des détroits internationaux et du droit de passage en transit ébranle les fondements de la sécurité nationale japonaise, et on ne peut s’empêcher d’être horrifié par la ruse et la madrerie de la Chine qui a découvert cette approche.
En écrivant cet article, j’ai remarqué que plusieurs détroits importants, comme celui mentionné plus haut entre l’île d’Amami-Ôshima et l’île de Yokoatejima n’ont pas de dénomination officielle. Cela pose problème pour définir l’endroit dont on parle si l’on veut souligner la position japonaise au plan international. Le gouvernement a entrepris de donner des noms à toutes les petites îles du Japon qui n’en ont pas, et il faut aussi le faire pour les détroits.
Le Japon doit garder le contrôle de l’archipel Nansei
Les initiatives chinoises en mer de Chine orientale consécutives au jugement rendu par la CPA ne sont pas seulement destinées à détourner l’attention de la communauté internationale de la question de la mer de Chine méridionale. Elles ont le potentiel de conduire à une situation bien plus grave. Pour la Chine, l’archipel Nansei qui comprend les Senkaku est un endroit stratégique, une zone dont elle a absolument besoin pour garantir sa sécurité nationale. Pour être plus précis, cet archipel et sa zone maritime sont importants pour que son aviation et sa marine puissent se lancer dans le Pacifique, et ils lui sont indispensables pour réaliser sa stratégie A2/AD (Anti-Access/Area Denial) qui consiste à empêcher le développement et l’intervention de la marine américaine dans la région Asie. Mais cet archipel est formé de territoires et d’eaux territoriales japonaises. En tant que pays indépendant, le Japon a le devoir de contrôler cette zone, qui est aussi de la plus haute importance pour mettre en œuvre souplement et stablement l’alliance Japon-États-Unis, vitale pour la stabilité de la zone Asie-Pacifique.
À cet égard, il faut rejeter fermement les revendications chinoises relatives aux détroits internationaux. De plus, il faut confronter de front la Chine à propos de ses activités injustifiées en mer de Chine orientale du point de vue du droit international. Il faut aussi être prêt afin de pouvoir réagir à l’escalade prévisible à l’avenir de ce genre d’incidents. Le gouvernement japonais doit entretenir et améliorer la puissance et l’attitude défensive des Forces d’auto-défense, et aménager rapidement un système conjoint avec les États-Unis.
(D’après un article en japonais du 15 juillet 2016. Photo de titre : une frégate de classe Jiangkai de la marine chinoise du même type que celle qui a navigué dans la zone contiguë des îles Senkaku, avec l’amabilité du ministère de la Défense.)▼A lire aussi
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(*1) ^ Conformément à la loi sur les Forces d’auto-défense, une opération de sécurité maritime est lancée avec l’approbation du Premier ministre en cas de nécessité spécifique pour la protection des biens et des personnes en mer, ainsi que de la sécurité. Ces opérations incluent l’usage défensif des armes et les tirs préventifs dans le cas où un navire ne répondrait pas à un ordre d’arrêt.
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