Des lycéennes qui se sentent obligées de travailler
C’est ainsi que Yuri a commencé à accepter régulièrement ce genre d’offres. Elle s’entendait très bien avec les employées du personnel, qui l’aidait dans ses devoirs et lui donnait des conseils en amour. Yuri les considérait comme des sœurs aînées bienveillantes. Dans certains cas, les hommes étaient aussi des frères aînés pour elle : ils lui faisaient des compliments attachants, comme « tu es vraiment mignonne », ou encore « je n’ai jamais rencontré une fille comme toi ».
Voilà comment les lycéennes se mettent à ressentir une certaine obligation envers leurs employeurs. En effet, en plus de recevoir de l’argent, elles sont soutenues et sont accueillies amicalement par les agences. Elles se sentent obligées de redoubler d’efforts pour ne pas décevoir le personnel si prévenant à leur égard. Contrôlées psychologiquement, ces jeunes filles ne savent pas comment refuser lorsqu’elles se voient proposées des offres abusives, comme avoir des relations sexuelles avec les clients.
De plus, certaines agences encouragent la concurrence entre les jeunes filles inscrites sur leurs sites Internet. Elles leur envoient des messages avec un classement par popularité. De meilleures lycéennes bénéficient d’une prime et d’une invitation à des dîner spécial. Des photos de la soirée sont ensuite envoyées à toutes les filles, le but étant d’attiser leur sens de la compétition.
La Police métropolitaine de Tokyo a publié un rapport en mai 2016 visant à établir des mesures contre les infractions sexuelles dans le JK business. Le rapport faisait état d’une hausse du nombre de lycéennes victimes d’attentats à la pudeur et de harcèlements de la part des clients. Il recensait aussi des cas de filles qui voulaient arrêter de travailler, mais qui étaient contraintes de continuer par les agences. La réalité n’est toutefois pas simple à cerner : beaucoup de victimes ne se sentent en mesure de dénoncer le tort qu’elles ont subi. Dans certains cas, elles ne se rendent même pas compte qu’elles sont exploitées.
Il va sans dire que les lycéennes qui s’impliquent dans le JK business sont imprudentes et naïves. Mais on ne peut pas fermer les yeux sur ce problème en considérant que c’est une question de responsabilité personnelle. Attirées par un moyen facile de gagner de l’argent, elles sont entraînées dans un système conçu pour les exploiter grâce à une stratégie commerciale minutieusement élaborée.
Ces entreprises font en sorte d’être aisément accessibles à l’aide des réseaux sociaux et de sites Internet. Elles proposent des rémunérations fortes, la possibilité de devenir une idole (chanteuse, danseuse ou encore mannequin) et un personnel féminin pour les soutenir, les aider à se sentir en sécurité et les encourager à s’impliquer davantage. À qui profite ce système ? Qui obtient une satisfaction de telles relations sexuelles ? En aucun cas les lycéennes. Cette situation est inacceptable.
Il faut toutefois prendre en compte le fait que les agences sont un lieu de refuge pour ces jeunes filles. Alors que le Japon fait face à divers problèmes sociaux tels que l’aggravation de la pauvreté et de la maltraitance des enfants, ainsi que l’affaiblissement des liens familiaux, elles proposent une rémunération et des repas à des lycéennes en perte de repères. Ces dernières ont la possibilité de payer leurs frais de scolarité grâce à l’argent qu’elles gagnent. Elles peuvent se nourrir en sortant dîner avec un client. Et si elles ont des parents violents ou abusifs, l’agence peut les accueillir pour une nuit. Il est certain qu’un environnement familial toxique soit la raison pour laquelle nombre de jeunes filles exploitées taisent leur situation. Sans parents ou proches à qui se confier, elles ne savent pas vers qui se tourner ni comment procéder pour signaler les abus qu’elles subissent.
Le JK business est étroitement lié aux plus sombres aspects de la société japonaise. Outre le risque d’exploitation sexuelle des lycéennes, il reflète la pauvreté et les problèmes familiaux auxquels font face les jeunes d’aujourd’hui.