Un million de « pèlerins » par an

Selon certaines estimations, les pèlerins des lieux saints de l’anime sont de plus en plus nombreux chaque année, et dépasseraient aujourd’hui le million. On peut gager que ce nombre va encore augmenter à la faveur du phénomène Your Name. Dans le moindre café, chaque mairie ou gare de chacun de ces « lieux saints », un « cahier de pèlerinage » est mis à la disposition des visiteurs. La consultation de ces cahiers suffit à montrer la grande diversité des fans. Si certains ont fait le déplacement depuis différentes parties du pays, d’autres sont des touristes venant de l’étranger. D’Asie, bien entendu (Taïwan arrive en tête, mais également Hong-Kong, Corée du Sud, Chine, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Indonésie), et des pays occidentaux (France et États-Unis en particulier).

Un « cahier de pèlerinage » mis à la dispostion des fans de Hyôka

Toutefois, il ne suffit pas de le vouloir pour devenir un « lieu saint ». Certes la promotion apportée à une région par un anime est en passe de devenir un élément de base du développement régional, car les collectivités locales ou les syndicats de commerçants d’une zone particulière font appel aux producteurs pour qu’un film d’anime se déroule dans leur région. Mais les élus sont évidemment très peu nombreux. En premier lieu, les professionnels de l’anime ont des goûts particuliers, une appétence esthétique propre pour une certaine qualité d’endroits, et ne sont pas prêts à écouter toutes les doléances locales. En admettant qu’une localité soit choisie pour figurer dans les décors d’un anime, il ne génèrera pas de fans suffisamment passionnés pour faire le déplacement avant d’atteindre un succès conséquent. En outre, pour espérer un quelconque effet sur le développement local, le plus grand défi serait de transformer ces fans en visiteurs réguliers, en leur offrant de nouvelles motivations pour revenir.

Il convient donc de faire des réserves . Mais il est clair que le phénomène des pèlerinages sur les « lieux saints » de l’anime symbolise la vitalité de la culture pop actuelle au Japon, dont on peut attendre des effets intéressants.

(D’après un article en japonais du 6 avril 2017. Photos : Sakai Tohru)

(*1) ^ Les ema sont de petites plaquettes de bois sur lesquelles l’on écrit ses souhaits, et que l’on accroche dans un sanctuaire afin de les exaucer. Les jeunes ont inventé le mot ita-ema, littéralement « ema qui fait de la peine (aux yeux des autres) », pour les planchettes sur lesquelles ils dessinent un personnage de leur anime favori. En effet, leur passion pour un anime prend parfois des proportions tellement extrêmes que les autres en ressentent de la peine. Les panneaux pour accrocher les ema dans les sanctuaires shinto à proximité des « lieux saints » en sont souvent couverts.