La « sûreté du site » un argument décisif pour le transfert
Le transfert à Toyosu a ainsi été remis en question, mais le conseil des experts de la métropole de Tokyo ayant indiqué que même si les critères environnementaux n’étaient pas respectés, « le site était sûr, le problème du sol pouvant être contrôlé par des mesures appropriées », Mme Koike avait la voie libre pour utiliser Toyosu.
Le 17 juin, trois jours avant la date fixée pour la notification à l’assemblée métropolitaine, Mme Koike s’est rendue au marché de Tsukiji où elle a présenté ses excuses aux responsables de celui-ci pour le non-respect des normes environnementales du site de Toyosu, qui était une condition indispensable au transfert. Le 20 juin, elle a donné une conférence de presse au siège du gouvernement métropolitain de Tokyo, dans laquelle elle a annoncé son plan pour le transfert à Toyosu et la reconversion de Tsukiji.
Dans un premier temps, concernant le nouveau marché de Toyosu où sera transféré l’ancien, de nouvelles mesures de sécurité vont être prises relativement à son sol. Concernant l’espace souterrain sous le remblai, le fond sera recouvert de béton et des dispositifs d’aération supplémentaires seront installés. Les capacités d’évacuation des eaux usées du système de gestion de l’eau souterraine seront renforcées. La date du transfert sera décidée en concertation avec les responsables, mais il devra être réalisé courant 2018. Après son ouverture, le nouveau marché deviendra une base globale de distribution utilisant les techniques de communication des informations et tirant pleinement partie de l’accès aisé aux aéroports de Narita et de Haneda. Les capacités de congélation et de transformation vont aussi être renforcées.
Pas encore de propositions concrètes pour la reconversion de Tsukiji
La métropole de Tokyo ne vendra pas le site du marché de Tsukiji et prévoit de le reconvertir dans un horizon de cinq ans pour en faire un complexe centré sur l’alimentation qui aura aussi une fonction de marché. La reconversion sera lancée après que le site ait servi de base logistique pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2020.
Mme Koike a pris cette décision en tenant compte des opinions des responsables du marché de Tsukiji opposés au transfert et de celles du public qui estiment qu’il faut préserver la tradition de Tsukiji. La confusion règne cependant aujourd’hui, et on ignore si l’élaboration du plan de reconversion sera conforme aux souhaits de la gouverneure.
Ce plan prévoit la coexistence de deux marchés, une idée rejetée par les grossistes en poissons qui affirment n’avoir jamais été demandeurs de cette solution. L’un d’entre eux, qui a déjà investi dix milliards de yens pour équiper son nouvel établissement de Toyosu avec des installations de réfrigération à grande capacité, a du mal à envisager de retourner cinq ans plus tard à Tsukiji.
Un grossiste doute de ce projet à deux marchés : « Où achètera-t-on le poisson s’il n’y a pas de marché de gros ? Retourner vendre à Tsukiji du poisson acheté à Toyosu semble peu pratique. » Si Tsukiji rassemble certains semi-grossistes et nouveaux détaillants, il n’y aura pas de grande différence avec l’actuel marché extérieur de Tsukiji (rassemblant des détaillants et des restaurants), et on ne pourrait pas le qualifier de marché de gros.
Les commerçants qui prévoient de rouvrir à Toyosu en ayant en ligne de mire le tourisme ont des inquiétudes quant à la rentabilité de leurs projets si Tsukiji se transforme en un parc à thème alimentaire. L’ouverture à Toyosu d’un complexe associant des restaurants et un établissement thermal est prévue, mais il se dit que le promoteur qui l’envisageait songe maintenant à l’abandonner, parce qu’il paraît difficile d’attirer des clients si on construit à Tsukiji des établissements attirant les touristes. La proposition de reconversion de Tsukiji dévoilée par Mme Koike est pour l’instant très vague, puisqu’elle ne comporte aucun calendrier, et les parties prenantes ne dissimulent pas leur embarras.
Lors des élections à l’assemblée métropolitaine de Tokyo qui ont eu lieu le 2 juillet, moins de deux semaines après l’annonce de la gouverneure, le parti présidé par Mme Koike, le Tomin First no Kai (l’Association des habitants de Tokyo d’abord), a obtenu une large majorité, avec le support du parti Kômeitô. Les attentes des habitants en matière de réforme sont importantes vis-à-vis de la gouverneure qui a su s’assurer la victoire en transformant le talon d’Achille qu’était pour elle le problème Tsukiji-Toyosu. Mais ce n’est qu’un début. La manière dont l’équilibre sera trouvé entre le transfert à Toyosu et la reconversion de Tsukiji montrera si elle a su transformer cet essai en victoire.
(D’après un original en japonais publié le 31 juillet 2017. Photo de titre : le marché de Tsukij, le 23 juin 2017. Jiji Press)