Parvenir à un profil démographique équilibré
Peut-on envisager de remodeler ces collectivités de façon à ralentir ou inverser la tendance au vieillissement ? Un certain nombre d’initiatives ont déjà été prises, le premier pas consistant en général à encourager la venue de familles plus jeunes au sein de la collectivité, de façon à rééquilibrer son profil démographique. Des immeubles ont été rénovés en vue de mieux répondre aux nécessités de la vie moderne, et certains sont accessibles, dans le cadre d’accords de partage de logements, aux étudiants en quête de loyers bon marché. Même si l’on ne peut attendre de ces mesures qu’elles produisent des changements majeurs dans la composition par âges de la population, elles peuvent pour le moins injecter un peu de vigueur dans un paysage vieillissant.
Encourager la venue de jeunes dans les collectivités ne suffit pas, il faut aussi renforcer les liens entre les habitants âgés et rendre ces liens plus propices au soutien mutuel. Des dispositions ont été prises pour que les personnes qui sont encore relativement jeunes et en bonne santé prennent soin de celles qui sont plus âgées et physiquement affaiblies – en sortant leurs ordures, par exemple, ou en les aidant à faire leurs courses.
Il est également important de multiplier les occasions offertes aux personnes âgées, et notamment celles qui vivent seules, de s’engager dans des activités avec leurs voisins, et de les encourager à sortir en créant des endroits où elles peuvent faire une pause et trouver quelqu’un avec qui bavarder. Plutôt que de restreindre les fonctions des collectivités, il convient de les élargir de façon à multiplier les possibilités d’usage de l’environnement spatial.
Il existe, par exemple, une ville nouvelle où une association à but non lucratif a ouvert un café au rez-de-chaussée d’un immeuble résidentiel. Cet espace, qui propose du café et du thé à des tarifs préférentiels, est devenu un point de rencontre et de conversation pour les résidents. Parmi les autres initiatives dignes d’intérêt, on peut mentionner l’expansion de l’usage des salles de réunion des collectivités – de façon à ce qu’elles accueillent non seulement les événements formels inscrits au calendrier mais aussi des rencontres ponctuelles –, l’implantation de bancs sous toiture le long des chemins, la conversion de logements vacants en salons accessibles à tout le monde et l’installation de tables et de chaises dans les espaces ouverts en rez-de-chaussée.
Les nouvelles villes ont jadis servi de support au « miracle » économique japonais en répondant à la demande de logements provenant des jeunes familles migrant vers les grandes métropoles. Désormais, ces collectivités doivent remplir un plus large éventail de fonctions, conçues pour l’ère du très grand âge dans laquelle est entrée la société japonaise, en favorisant les contacts au sein de la population âgée et en permettant un mode de vie plus lent et plus paisible. La prévention de l’isolement des personnes âgées est un défi qui se pose non seulement aux nouvelles villes mais aussi à toutes les collectivités nées à l’écart des centres-villes. Les habitants de ces quartiers ont souvent de très faibles revenus et ne peuvent pas se permettre de déménager vers des endroits plus conformes à leurs besoins. Il se peut que des problèmes similaires d’isolement apparaissent d’ici quelques dizaines d’années dans les tours d’habitation qui ont poussé un peu partout, et dont la valeur marchande réside précisément dans leur confinement vis-à-vis des quartiers environnants et dans leur côté forteresse, qui garantit la sécurité de la vie privée. Les planificateurs urbains doivent se préoccuper davantage de tempérer l’isolement social des personnes âgées, dont les rangs ne cessent de croître au Japon.
(Photo de titre : une fête d’adieu qui s’est tenue le 23 juillet 2011 pour la destruction et la reconstruction prévues d’un bâtiment de la nouvelle ville de Tama. Jiji Press)
(*1) ^ La liste, publiée en 2013 par le ministère, inclut des collectivités, construites dans le cadre de projets privées, dont le statut ne relève pas de la loi de 1963.