Un travail réservé aux femmes d’un haut niveau d’éducation ?

Les tâches d’interprétariat et de traduction incombant aux interprètes judiciaires couvrent toutes les étapes de la procédure pénale, de l’inculpation formelle du suspect à la phase où il devient défendeur et au rendu du jugement. Les interprètes sont désignés au cas par cas et leur mode de fonctionnement est essentiellement l’auto-entreprenariat, qu’ils exercent dans les tribunaux, les centres de détention et les cabinets d’avocats.

L’accès au métier d’interprète judiciaire n’est soumis à aucune restriction en termes de nationalité ou de niveau d’études, et aucune référence particulière n’est requise. Faute de campagnes régulières de recrutement d’interprètes judiciaires menées par les pouvoirs publics, ce sont les candidats à cette fonction qui s’adressent eux-mêmes au tribunal local, obtiennent un entretien avec un juge et suivent un programme de formation basique à l’interprétariat judiciaire. Dans ces cours, proposés une ou deux fois par an, les candidats reçoivent une instruction, prodiguée par des juges ou des gens travaillant déjà comme interprètes judiciaires, avant de prendre part à des simulacres de procès mis en scène dans de vraies salles de tribunal. Une fois ces étapes franchies, leurs noms sont ajoutés au répertoire des interprètes judiciaires. Le temps passant, ils accumulent suffisamment d’expérience pour se qualifier pour les formations intermédiaires et avancées qui se succèdent à quelques années d’intervalles.

J’ai fait partie d’un groupe qui a effectué un suivi des activités de 156 interprètes judiciaires chevronnés en 2012 et en 2017. Il ressort de notre étude que l’interprète judiciaire type est une femme dans la quarantaine ou la cinquantaine, vivant en zone urbaine et dotée d’un haut niveau d’éducation. Environ 60 % des interprètes sont des personnes de langue maternelle japonaise qui ont acquis la maîtrise d’une langue étrangère. Le chinois mis à part, trois des langues du sommet de la liste mentionnée plus haut se rangent parmi celles que les Japonais n’ont pas l’habitude d’étudier ; ce qui veut dire qu’un nombre considérable de personnes de langue maternelle étrangère ayant appris le japonais servent aussi dans les rangs des interprètes judiciaires.

C’est en 1993, alors que je préparais mon doctorat, que j’ai effectué ma première interprétation, en l’occurrence pour un citoyen philippin interrogé dans le cadre d’une affaire de méthamphétamine. Après plusieurs autres missions pour le Bureau du procureur et l’association du barreau régional, j’ai fait mes débuts à part entière comme interprète judiciaire.

Depuis lors, je suis intervenu dans quelque 500 affaires, les plus courantes étant les infractions aux réglementations sur l’immigration, telles que les dépassements du temps de séjour octroyé à un résident étranger au titre de son visa, suivies en second par les affaires liées aux drogues illégales. J’ai aussi exercé mon métier dans des affaires de meurtre et de tentative de meurtre, de coups et blessures, de vol et de mariage de complaisance. Le plus gros de ce travail d’interprétation s’est fait entre le philippin et le japonais, mais il m’est aussi arrivé d’interpréter entre l’anglais et le japonais.