Un stress qui affecte aussi les enseignants
M. Sunaga estime que le problème posé par ces règlements pervers ne se limite pas simplement à leur irrationalité. Pour lui, les enseignants poussent parfois l’absurdité des punitions, comme les châtiments corporels, à un degré plus extrême encore, et cela a pour conséquence d’exposer les élèves à un stress bien plus excessif. En d’autres termes, les règlements engendrent des problèmes secondaires et tertiaires.
Par exemple lorsqu’un élève enfreint le règlement scolaire, certains enseignants estiment que sa classe est collectivement responsable, et le gronde devant l’ensemble des élèves. De telles expériences font naître l’impression de devoir à tout prix respecter le règlement sous peine d’humiliation ou de sermons de ce genre, provoquant ainsi une pression, et conduisant petit à petit les élèves à se surveiller les uns les autres. L’instinct de préservation se met alors en marche : la plupart des élèves tentent de se protéger en respectant en premier lieu chacune des règles, et en second lieu, en excluant la minorité qui s’en écartent un peu. Voici comme peut naître le harcèlement scolaire. Et pour un nombre non négligeable d’élèves n’étant pas assez forts pour supporter la tension interne à l’établissement scolaire, ils préféreront tout simplement rester chez eux.
Dans le cadre de l’enquête, une femme a témoigné du stress qu’elle avait vécu en se sentant obligé de veiller quotidiennement à ce que tout soit conforme au règlement, et que l’ambiance de surveillance réciproque qui régnait entre élèves lui était si pénible qu’elle n'avait plus envie d'aller à l’école. Un garçon de père américain et de mère japonaise a apporté un autre témoignage stupéfiant. Bien que les enseignants ne lui aient pas reproché la couleur de ses cheveux, certains de ses camarades étaient tellement endoctrinés qu’ils lui disaient ne pas comprendre pourquoi la couleur de ces cheveux était tolérée. Le stress engendré par cette situation l’a conduit à la phobie scolaire.
Mais selon M. Sunaga, le problème ne sera pas simplement résolu à base de critiques envers les enseignants ou les établissements. Le site du projet reçoit des appels à l’aide non seulement des élèves, mais aussi d’enseignants. Ceux-ci se plaignent de devoir appliquer des règles qu’ils sont incapables d’expliquer aux élèves parce qu’ils n’en comprennent eux-mêmes pas la nécessité, ou encore de ne pouvoir se faire entendre sur les aspects contradictoires des règlements lors des réunions d’enseignants, parce que les avis des personnes favorables au règlement dominent. Certains affirment avoir subi des mises à l’index par leurs collègues pour avoir pris le parti des élèves. Cela laisse entrevoir la position inconfortable des enseignants, coincés entre l’établissement et les élèves.
