Vivre avec les étrangers, une nécessité pour les zones rurales

Certains au Japon considèrent ces personnes comme étant à la fois étudiant étranger (ryûgakusei) et à la fois travailleur migrant (dekasegi), et ont ainsi crée le terme de dekasegi ryûgakusei. Certes, il doit y en exister parmi le grand nombre d'étrangers qui viennent étudier au Japon. Mais ces dekasegi ryûgakusei se font même accuser parfois de voler les emplois des Japonais… En réalité, c'est tout le contraire : les étrangers viennent combler la demande en main-d'œuvre, qui est en pénurie dans de nombreux secteurs.

Même la cuisine japonaise, le washoku, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco (voir notre article lié), ne peut exister sans ces travailleurs originaires d’autres pays. En effet, outre le fait que de plus en plus d'étrangers vendent des onigiri et des bentô dans les supérettes, ils sont également nombreux à travailler tout au long du processus de fabrication de ces plats typiquement japonais. Il suffit de se rendre dans une usine de fabrication d'aliments pour constater la grande proportion d’employés non-japonais œuvrant pendant la nuit. Ils sont également présents dans les usines de production de katsuobushi (bonite séchée) et de konbu (algue), les deux produits formant le dashi, le bouillon de base de la cuisine nippone. Certains sont embauchés comme apprentis sur les bateaux de pêche, et de nombreux agriculteurs emploient aussi de plus en plus de main-d’œuvre internationale.

Une grande partie des Japonais n'étaient pas au courant de cette réalité, et ne la découvrent que maintenant. Ils pensaient qu'il n'y avait pas d'immigrants dans leur pays, alors que dans les faits 2,5 millions d'étrangers vivent et travaillent au Japon…

Selon l'OCDE, le Japon est le quatrième pays au monde pour le nombre de travailleurs étrangers. Par ailleurs, le gouvernement a mis en place un comité interministériel ayant pour but de leur créer un nouveau titre de séjour. Le Premier ministre Abe Shinzô a déclaré qu'il était urgent de mettre en place un système pour accueillir un plus grand nombre de travailleurs étrangers, qui pourront participer immédiatement à l'économie du pays.

Pour ma part, je pense que l'accueil de ces étrangers est la clé de la survie des zones rurales, qui souffrent du vieillissement de la population et du dépeuplement. Il y a de plus en plus de municipalités qui promeuvent l'accueil d’habitants originaires d’autres pays, comme la ville d'Aki-Takata dans la préfecture de Hiroshima, qui a lancé en 2010 un « plan pour la symbiose des cultures ».

La société japonaise est-elle entrée dans une nouvelle phase de son évolution ? C’est ce que je crois sans aucun doute.

Lire également : Comment valoriser les travailleurs étrangers dans les entreprises japonaises ?

(Article du 31 juillet 2018 écrit à l’origine en japonais. Photo de titre : des employés étrangers en pleine opération dans une usine de transformation des produits maritimes dans la préfecture d’Iwate. Yomiuri Shimbun/Aflo)