Il sera trop tard après la fin de la crise

Le 7 avril, le gouvernement a annoncé des mesures économiques d’urgence. Des aides seront apportées aux indépendants et aux petites et moyennes entreprises (voir notre article lié). Dans le cas d’une baisse des revenus de 50 % ou plus par rapport à la même période l’année précédente, une subvention allant d’un à deux millions de yens sera fournie. Les personnes ayant acheté un billet de spectacle mais qui n’ont pas demandé de remboursement pourront bénéficier d’une déduction fiscale, le montant étant considéré comme une donation. Afin de stimuler la consommation après la fin de la crise, des promotions, points de fidélité et bons de réduction seront offerts lors de l’achat de billets de spectacle.

« Ces aides parviendront aux destinataires bien plus lentement que dans d’autres pays et les procédures sont compliquées. De plus, les événements de moyenne ou grande taille ne sont pas pris en compte. Il est crucial de proposer une aide d’urgence aux organisateurs d’événements qui ne sont pas encore couverts par ces mesures. Certaines entreprises sont déjà menacées de mettre la clé sous la porte. Si une grande entreprise fait faillite dans les mois qui suivent, le gouvernement tentera peut-être désespérément de faire quelque chose, mais il sera trop tard. Sans soutien immédiat, les organisateurs sont pris au dépourvu. Il est inutile de se focaliser sur l’après-crise. »

Le 8 avril, l’Association nationale des gouverneurs du Japon a appelé l’État à rapidement couvrir les pertes d’exploitation dues à la demande du gouvernement d’annuler les événements sportifs et culturels. « Cet appel est important, estime Fukui, mais si les gouverneurs demandent à l’État de prendre des mesures d’indemnisations, alors il faudrait qu’ils fassent le premier pas dans cette direction. Les autorités préfectorales doivent couvrir les pertes des entreprises sur le point de faire faillite et négocier avec l’État afin qu’il compense une partie du montant. Sinon, on assistera à la fermeture successive d’installations culturelles. J’appelle en particulier Tokyo à aller dans ce sens. »

Des mesures à l’image du concept de « Cool Japan »

La pandémie de coronavirus finira éventuellement par se terminer. Mais il est nécessaire que les acteurs de l’industrie du spectacle et le gouvernement discutent durablement des mesures d’aides et de la reprise des évènements, pour être prêt à faire face à une situation similaire à l’avenir. Selon Fukui Kensaku, le gouvernement pourrait considérer la mise en place d’un système d’assurance publique car les contrats d’assurance proposés par les entreprises privées pour l’organisation d’événements ne couvrent pas les annulations causées par les maladies infectieuses.

« Si l’État ou le gouvernement local ne propose pas d’indemnisation, et que les contrats d’assurance sont inutiles, le dernier recours sera de faire supporter le coût par le public, c’est-à-dire que si un événement est annulé pour empêcher la propagation d’une maladie infectieuse, alors le billet ne sera pas remboursé. C’est regrettable pour les personnes qui ont acheté des billets, mais il faut comprendre que sans cela, les entreprises n’auront d’autre choix que d’arrêter leur activité. » 

Il y a sûrement beaucoup de personnes qui, pendant cette période de confinement, ressentent l’importance des concerts et des spectacles.

« Nous avons besoin d’activités artistiques et culturelles dans notre vie quotidienne. Mais les bénéfices générés par les représentations artistiques sont minces et la santé financière des entreprises n’est pas toujours bonne. Comparé aux pays européens, le Japon alloue une part moindre de son budget national au domaine culturel. Il est aussi perdant face à son voisin sud-coréen. Par ailleurs, le système fiscal du Japon n’est pas à la hauteur de celui des États-Unis, où les donations sont encouragées par le biais d’incitations fiscales généreuses. Malgré cela, le Japon se présente comme un « Cool Japan », et c’est grâce aux efforts du secteur privé, notamment au soutien de nombreuses entreprises et organisations, que la culture, l’art et le divertissement à la japonaise ont pu maintenir leur présence unique dans le monde. Le gouvernement ne peut pas rester passif. Il faut qu’il s’active pour prendre des mesures. »

(Interview de Fukui Kensaku par Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre : message de fermeture du théâtre Kabuki-za, le 15 mars 2020 dans le quartier de Ginza Tokyo. Jiji Press)