Les voisins asiatiques loin devant le Japon
Des inquiétudes ont été exprimées quant à la garantie d’un approvisionnement régulier en réactifs utilisés pour les tests PCR, puisque ces derniers sont importés, mais Nakamura Yûsuke déclare qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
« Les réactifs sont fabriqués en Europe, où il y a beaucoup plus de patients du Covid-19 qu’au Japon. Certaines personnes ont donc mis en garde contre d'éventuelles restrictions à l’importation de ces produits, rendant impossible la fourniture de tests pour tout le monde. Mais d’après mes vérifications, ce n’est pas le cas. Il n’y a aucun problème. »
En d’autres termes, si le gouvernement japonais souhaite sérieusement augmenter les tests PCR, il est certainement possible d’atteindre un niveau de tests comparable à celui de l’Europe et des États-Unis. Le pays ne rencontre aucune limitation technique en matière de tests, explique le médecin.
« Le Japon n’est certainement pas à la traîne des autres pays sur le plan technique. Si les robots et l’informatique sont utilisés, le taux de mise en œuvre des tests PCR peut être considérablement augmenté. »
M. Nakamura souligne que les politiques du gouvernement japonais n’ont pas suffisamment envisagé l’utilisation de l’informatique pour faire face à la crise.
« Il y a quelques jours, j’ai lu un compte rendu sur la façon dont le rapport papier sur les patients du Covid-19 a enfin été numérisé. C’est un exemple de la façon dont le Japon perd son statut de pays avancé. En Corée du Sud, les tests de PCR au volant sont devenus courants, tandis qu'à Taïwan, des applications smartphone sont disponibles pour que tout le monde puisse acheter des masques à parts égales. Le gouvernement japonais dépense plus de 46 milliards de yens* pour distribuer deux masques à chaque ménage, mais nombre d’entre eux attendent encore de les recevoir, alors qu’arrive l'été et que ces masques épais seront difficiles à porter pendant les grosses chaleurs... Nos voisins sont loin devant nous en termes de politiques de réponse au coronavirus. »
(*NDLR : le 1er juin, le gouvernement japonais a annoncé que le budget total de l’opération d’envoi de masques sera d’environ 26 milliards de yens, et non 46 comme il était prévu à l’origine)
La robotique et l’informatique : une source de solutions
Nakamura Yûsuke, qui a été nommé directeur du programme de promotion de l’innovation stratégique du Bureau du Cabinet en 2018 et qui aide les hôpitaux à utiliser l’intelligence artificielle, est convaincu que l’utilisation de l’informatique pour faire face à la crise du Covid-19 serait un moyen pour le Japon de résoudre les difficultés auxquelles il est confronté.
Un problème qu’il note est l’aggravation soudaine des symptômes chez certains patients, conduisant parfois même à la mort. Il est également important de savoir comment atténuer les craintes de ceux présentant des symptômes plus légers qui sont mis en quarantaine à la maison ou dans les hôtels et autres installations. Le spécialisté suggère la création d’un système qui permettrait à ces patients d’utiliser un smartphone ou une tablette pour envoyer des rapports sur leur propre température et d’autres signes vitaux trois fois par jour au personnel médical.
« Aux États-Unis, les montres intelligentes dotées d’une fonction d'électrocardiogramme ont déjà été approuvées en tant que dispositifs médicaux. Si la fréquence respiratoire et le pouls sont mesurés trois fois par jour et qu’un avertissement est envoyé au personnel médical en cas d’anomalie, il est possible de surveiller en toute sécurité les patients qui attendent à la maison ou dans les hôtels et de répondre rapidement à un changement soudain de leur état. Cela permettrait également de palier à l’absence de personnel infirmier au milieu de la nuit dans ces hôtels. »
Il suggère également l’utilisation de robots, puisque les patients confinés dans les chambres d’hôtel ayant des symptômes légers doivent éviter autant que possible les contacts avec les autres.
« Des assiettes et des plats jetables peuvent être apportés aux patients par des robots. La collecte des serviettes et des draps peut également être automatisée, avec une alarme pour indiquer l’heure de collecte et un conteneur spécial dans lequel le patient peut placer ces articles. »
En résumé, bien que le Japon dispose de ressources humaines exceptionnelles et soit un pays technologiquement très avancé, le gouvernement a pris beaucoup de retard par rapport à d’autres pays en ce qui concerne l’utilisation efficace des ressources. On ne peut qu’espérer que le Japon s’appuiera sur les connaissances d’experts préconisant l’introduction de robots et de l’IA pour faire face à la crise actuelle, afin de mettre l’esprit des patients à l’aise et de réduire la pression sur le personnel médical si une seconde voire une troisième vague de pandémie arrive. Tous ces moyens seront également d’une grande utilité pour les crises à venir.
(Photo de titre : un membre du personnel soignant dans l’unité des soins intensifs des patients atteint du Covid-19 au sein du centre hospitalier universitaire St. Marianna, à Kawasaki, préfecture de Kanagawa, le 4 mai 2020. © Reuters/Aflo)

