Difficile de bousculer des institutions longuement ancrées dans la société japonaise
Il me faut également aborder les aspects politiques de cette question. Il y avait un autre grand réfractaire à un passage à la rentrée scolaire en automne : Maekawa Kihei, ancien vice-ministre administratif de l’Éducation. Il est notamment connu pour ses déclarations contre Abe Shinzô lors d’un scandale accusant le Premier ministre de favoritisme. Plus récemment, il a eu des propos plus acerbes encore à son encontre. En fait, Maekawa Kihei s’est catégoriquement opposé à la fermeture des écoles pendant la pandémie de coronavirus.
Avec la position de Maekawa Kihei, le débat prit une autre tournure. Certains avaient maintenant une vision, quasi manichéenne, beaucoup plus réductrice de la situation : pour ou contre le Premier ministre Abe Shinzô. En effet, on a l’impression que le Premier ministre et les gouverneurs ont vu dans la proposition de ce changement une aubaine : détourner l’attention du mécontentement des parents, qui ont dû garder eux-mêmes leurs enfants, alors privés d’école. Il est également vrai que ni le Premier ministre ni les gouverneurs n’ont été en mesure de tenir tête, à l’aide d’un raisonnement construit, au ministère de l’Éducation.
Toutefois, il convient de noter que Hagiuda Kôichi, opposant de la première heure à la proposition, et Shibayama Masahiko, ancien ministre de l’Éducation et membre du groupe de travail du PLD, étaient tous deux connus pour être les conseillers du Premier ministre Abe Shinzô. Dans le gouvernement d’un seul homme, s’opposer à la position du Premier ministre n’est pas chose aisée et réclame un certain courage. Tous deux ont vraisemblablement été influencés par le ministère de l’Éducation, mais la précision des arguments qu’ils ont avancés lorsqu’ils ont rejeté la proposition nous met devant un nouveau fait accompli : le gouvernement d’un seul homme du Premier ministre Abe n’est plus ce qu’il était. Il semblerait que ces développements ne soient pas sans rapport avec la politique actuelle.
Cet épisode nous a montré à quel point il peut être difficile de bousculer des institutions si longuement ancrées dans la société japonaise. Bien sûr, n’oublions pas ceux qui pâtissent de tout cela : les étudiants en dernière année de lycée, inquiets alors qu’approchent à grands pas leurs examens d’entrée à l’université. Il est tout à fait que normal des mesures aient prises pour venir en aide à ces étudiants, notamment en reportant les examens centraux.
Problèmes avec les cours en ligne ou autres, la pandémie de Covid-19 nous a montré à quel point le Japon est à la traîne par rapport au reste du monde. Le Premier ministre, les membres de la Diète, les bureaucrates et les gouverneurs des préfectures, tous ont encore beaucoup à faire pour que soit réellement donnée la priorité aux enfants.
(Photo de titre : Pixta)
