Avec entre autres un taux de mortalité faible, une immunité innée chez de nombreux individus, le respect des directives sanitaires et une bonne vaccination, le nombre de contaminations au coronavirus au Japon a de grandes chances de baisser. C’est en tout cas ce que pense ce spécialiste en immunologie, qui demande à chacun de reprendre sa vie en main sans se laisser guider par ses inquiétudes sur la seconde vague de l’épidémie.
Le point sur l’épidémie au Japon
— Que pensez-vous du rebond actuel du nombre de contaminations au Japon ? Qu’est-ce qui différencie cette nouvelle hausse de la première ?
MIYASAKA MASAYUKI La situation n’est pas du tout la même. D’après certains spécialistes, 60 % de la population du Japon pourrait contracter le Covid-19 parce que personne n’est immunisé contre lui. Mais je ne suis pas d’accord avec cette hypothèse.
Le degré d’immunité varie grandement en fonction des individus, ce qui veut dire que les personnes dont le système immunitaire est affaibli sont contaminées avant celles en meilleure santé. Les risques d’être infecté à la suite d’un contact avec une certaine quantité de virus ne sont pas les mêmes pour tous. Ceux qui ont une bonne résistance aux infections ne seront pas affectés et ils pourraient même contribuer à stopper la diffusion du Covid-19.
Le degré d’information du public sur le virus joue lui aussi un rôle important, car la population respecte d’autant mieux les règles de distanciation sociale qu’elle en sait davantage. La théorie qui voudrait que chaque individu infecté contamine à son tour 2,5 autres personnes est valable dans un contexte où aucune mesure préventive n’est prise. Dès que les gens mettent en application la distanciation sociale, le virus cesse de se répandre. À l’heure actuelle, le taux de reproduction des maladies infectieuses est de 1,25 à Osaka, ce qui signifie qu’il suffit que 20 % de la population acquière une immunité contre le virus pour que celui-ci arrête de circuler. Et à Tokyo, le nombre moyen de personnes qu’un individu contagieux peut infecter n’est pas loin de 1,25. Autrement dit, nous sommes proches d’une situation où le Covid-19 ne se répand plus.
Une immunité collective impossible ?
— Pourriez-vous nous expliquer en quelques mots les mécanismes de l’immunité ?
M.M. On parle souvent de l’immunité comme si elle se limitait aux anticorps. À en croire certains, la propagation du Covid-19 prendra fin quand 60 % de la population sera immunisé, ce qui sous-entend que seuls les anticorps sont capables d’assurer une immunité. Mais en réalité, ce n’est pas parce qu’elle a été en contact avec une certaine quantité de Covid-19 qu’une population est contaminée à 60 % Même à Wuhan, le berceau de l’épidémie, ce pourcentage n’a pas dépassé 20 %.
Le système immunitaire humain permet à l’organisme de se défendre contre les dysfonctions de ses cellules et les agressions. Pour ce faire, il dispose de deux lignes de défense. La première est l’immunité innée, présente dès la naissance, qui veille en permanence comme des « gardes à la porte d’un château » pour détecter les envahisseurs, en l’occurrence les cellules anormales, tumorales ou infectées par un virus.
Quand l’immunité innée est en difficulté, une seconde ligne de défense, appelée immunité adaptative ou acquise, entre en jeu sous la forme de lymphocytes (une variété de globules blancs). Les lymphocytes T, qui contrôlent la réponse immunitaire, réagissent à l’infection en donnant l’ordre aux lymphocytes B de produire des anticorps qui attaqueront le virus. Contrairement à l’immunité innée, l’immunité acquise est plus longue à se mettre en place et elle est spécifiquement dirigée contre l’ennemi. Elle est en outre capable de garder en mémoire le profil de l’agresseur, ce qui permet à l’organisme de réagir plus vite lors d’une seconde rencontre.
Les lymphocytes T font aussi appel aux lymphocytes NK (pour natural killer, ou cytotoxiques) qui anéantissent complètement les cellules infectées. Les natural killer sont capables de détruire les virus à l’intérieur des cellules alors que les anticorps ne peuvent le faire que de façon extra-cellulaire, à l’extérieur des cellules. Pour venir complètement à bout d’un virus il faut l’intervention à la fois d’anticorps et de lymphocytes natural killer.

— Les anticorps ne sont donc pas les seuls à jouer un rôle important dans le système immunitaire. Il y a aussi l’immunité innée, c’est-à-dire les « gardes de la porte du château », n’est-ce pas ?
M.M. On oublie souvent que certaines personnes sont capables de neutraliser un virus rien qu’avec leur immunité innée, sans avoir développé d’anticorps spécifiques. La séroprévalence, c’est-à-dire la proportion de personnes affectées par un virus dans une population donnée et ayant développé des anticorps spécifiques, est différente du taux d’infection. Autrement dit, si vous avez une bonne immunité innée, vous n’avez pas trop de raisons de vous faire du souci.
La durée de vie des anticorps fabriqués par le corps humain en réponse au virus du Covid-19 devrait, selon toute vraisemblance, se situerait autour de six mois. Et si cela se confirme, il sera impossible d’arriver à l’immunité de groupe qui permettrait de casser la chaîne de transmission du virus et d’enrayer l’épidémie. Le système immunitaire dispose de deux lignes de défense, mais certains individus sont en mesure de venir à bout du virus uniquement avec la première, c’est-à-dire leur immunité innée. Il ne faut donc pas prêter plus d’attention que nécessaire à la séroprévalence et aux anticorps.
