Quelle diplomatie après le départ d’Abe Shinzô ?
— Tout un chacun garde à l’esprit que c’est également la logique que Moscou a employée à l’égard de l’Allemagne de l’après-guerre. Quel est votre sentiment sur cette question ?
S.M. Oui, en effet. Je pense que la Russie accélère les choses et entend utiliser la même tactique pour régler les problèmes de guerre avec le Japon. Avec l’Allemagne, la situation est la même ; à ce jour, aucun traité de paix n’a été signé entre Moscou et Berlin. Mais cela n’affecte pas pour autant leurs relations, et c’est cette même logique qu’utilise la Russie. Toutefois, dans une interview publiée dans le numéro de septembre 2020 du mensuel Bungei Shunjû, Mikhail Galuzin, ambassadeur de la Russie au Japon, a affirmé que la Russie souhaite accélérer les négociations afin de conclure un traité de paix, sur la base de la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956, ajoutant que la promesse de la Russie de restituer les îles Habomai et Shikotan était demeurée inchangée. La Russie envoie donc des signaux contradictoires.
— Il est donc clair que la Russie durcit le ton dans les négociations avec le Japon. Pensez-vous que ce soit une bonne chose ?
S.M. Absolument pas. Les problèmes de guerre avec le Japon ne peuvent pas être résolus de la même manière qu’avec l’Allemagne. Avant la guerre, les choses étaient totalement différentes ; il y avait un pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique. Mais cela n’a pas empêché Berlin de violer ce pacte et d’envahir l’Union soviétique. Hitler n’avait qu’une idée en tête, réduire à l’esclavage les peuples slaves, et les Russes n’y faisaient pas exception. Le Japon était certes un partenaire de l’Axe avec l’Allemagne mais ne partageait pas l’idéologie de suprématie raciale des nazis. De son côté, le 9 août 1945, faisant fi du pacte de neutralité nippo-soviétique en vigueur à l’époque, la Russie a également attaqué le Japon. Il doit donc être clair que dans les guerres menées contre l’Allemagne et contre le Japon, le contexte historique était totalement différent.
— Au vu de cette situation difficile, quelle devrait être la diplomatie de l’après-Abe Shinzô selon vous ?
S.M. Je pense que le Japon devrait poursuivre les négociations diplomatiques avec la Russie sur la base de l’article 9 de la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956, qui stipule que « l’Union des républiques socialistes soviétiques, désirant répondre aux souhaits du Japon et prenant en considération les intérêts de l’État japonais, accepte de restituer au Japon les îles Habomai et l’île de Shikotan ». Il faut que nous soyons fidèles à nos principes. C’est avec ce point de départ que le Japon devrait continuer à exiger la restitution des Territoires du Nord. Si la Russie ignore le contexte historique jusqu’à présent et essaie d’éviter de conclure un traité de paix, le peuple japonais adoptera une attitude distante vis-à-vis de la Russie. Le nouveau gouvernement devrait être clair avec le Kremlin sur ce point et se refuser à tout compromis facile.
(Photo de titre : le Premier ministre Abe Shinzô et le président russe Vladimir Poutine se serrrent la main à la clôture de la cérémonie d’échanges culturels entre le Japon et la Russie, en juin 2019. Jiji Press)