Des syndicats au service des laissés pour compte de l’université
Les syndicats des chargés de cours des universités des régions de Tokyo et d’Osaka ont été fondés au milieu des années 1990. Et ils ont pris fait et cause pour les travailleurs pauvres de l’université. En 2013, le syndicat de la région de Tokyo s’est lancé dans un combat acharné contre l’Université Waseda qui a duré quatre ans. Cette institution on ne peut plus prestigieuse entendait en effet congédier tous ses chargés de cours avant qu’ils ne totalisent plus de cinq ans sur place, ce qui est illégal en vertu de la Loi sur les contrats de travail. Si le syndicat de la région de Tokyo et Waseda ont réussi à trouver un accord favorable aux vacataires, les autres universités ont eu recours à toutes sortes de stratagèmes pour éviter de donner à leurs chargés de cours in statut de CDI.
Les syndicats continuent à se démener pour que les vacataires soient mieux traités et travaillent dans de meilleures conditions par le biais de conventions collectives. Mais dans la plupart des établissements, les syndiqués sont peu nombreux. « Les jeunes vacataires restent à l’écart par peur de mesures de représailles », témoigne Matsumura Hinako qui a été présidente du syndicat des chargés de cours des universités de la région de Tokyo pendant dix ans. « Ils craignent que leurs candidatures à des postes de titulaire soient systématiquement rejetées ou que l’administration trouve un prétexte pour ne pas renouveler leur contrat au moment de son terme. »
« La plupart des vacataires se syndiquent quand ils atteignent la quarantaine. Jusqu’à 45 ans, ils ont encore des chances d’accéder à un poste de titulaire. Beaucoup se résignent à se tourner vers les syndicats lorsqu’ils réalisent qu’il n’y a plus aucun espoir. »
Les mesures qui s’imposent
Pour Haba Kumiko, dont il a été question plus haut, améliorer le statut de ces chercheurs constituerait un pas important dans la bonne direction. L’assurance d’accéder aux subventions pour la recherche scientifique (Kakenhi) gérées par la Société japonaise pour la promotion des sciences est absolument essentielle. « Le MEXT affirme que les chargés de cours ont droit à ces subventions. Mais dans les faits, ce sont les universités qui ont le dernier mot. La plupart ne prennent pas en considération les dossiers déposés par leurs vacataires sous prétexte qu’elles ne peuvent pas assumer les coûts administratifs que cela implique. »
Le problème le plus grave, c’est celui de la rémunération extrêmement faible des chargés de cours. « Il est proprement scandaleux que des titulaires d’un doctorat gagnent 2 millions de yens (environ 15 300 euros) voire moins par an » insiste Haba Kumiko. « Les universités et le gouvernement devraient les traiter comme une ressource de grande valeur qu’il faut protéger. »
Les universités doivent cependant faire face à des réductions budgétaires bien réelles. « Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles améliorent la situation des chargés de cours aux dépens de leurs enseignants titulaires », continue Haba Kumiko. « Dans le cadre de notre stratégie nationale pour améliorer notre compétitivité au niveau mondial, nous devons mettre en place des mécanismes solides qui permettent d’utiliser le savoir et l’énergie des jeunes chercheurs par le biais d’une collaboration entre le monde universitaire et celui des entreprises. Je pense surtout qu’il est temps que les grands patrons commencent à investir d’une façon proactive dans l’enseignement supérieur une partie des gains qu’ils ont accumulés. »
Par ailleurs, le gouvernement doit donner des subventions à un plus grand nombre d’institutions — publiques ou privées — au lieu de laisser les universités d’État les plus prestigieuses accaparer les financements compétitifs. Faute d’une injection massive de fonds publics et privés dans l’enseignement supérieur et la recherche, le Japon risque de se retrouver à la traîne non seulement des pays industrialisés occidentaux mais aussi de ses voisins de l’Asie de l’Est.
Enfin, en ce qui concerne les chargés de cours, la première chose à faire par le MEXT est une étude approfondie qui permettra d’évaluer précisément la situation des vacataires japonais. « Tant que l’on ne disposera pas de données précises », conclut Matsumura Hinako, « il sera très difficile de mettre le problème à l’ordre du jour de l’agenda politique. »
(Reprtoage et texte d’Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre : Pixta)