Kim Jong-il présente ses excuses

L’opinion publique japonaise commençait à être bien remontée, mais la Corée du Nord niait toujours avoir commis ce crime. La situation a changé radicalement après l’arrivée de Koizumi Jun’ichirô à la tête du gouvernement en 2001.

Après des négociations informelles menées par Tanaka Hitoshi, directeur général du Bureau Asie Pacifique du ministère des Affaires Étrangères, la visite du Premier ministre Koizumi à Pyongyang a finalement eu lieu le 17 septembre 2002. C’était la première fois qu’un dirigeant japonais se rendait en Corée du Nord.

Koizumi Jun’ichirô est devenu le premier Premier ministre japonais à se rendre en Corée du Nord. (Reuters, 17 septembre 2002)
Koizumi Jun’ichirô est devenu le premier Premier ministre japonais à se rendre en Corée du Nord. (Reuters, 17 septembre 2002)

Lors du sommet, le leader nord-coréen Kim Jong-il a reconnu que « nous pensons que certains activistes aveugles des agences spéciales (de Corée du Nord) ont commis de tels actes par héroïsme » et a présenté ses excuses. C’était la première fois que les autorités de Pyongyang reconnaissaient officiellement la réalité des kidnappings, ce qui était en soi un moment historique.

Le 15 du mois suivant, cinq personnes enlevées ont été ramenées au Japon : Hasuike Kaoru et son épouse Yukiko (résidents de la ville de Kashiwazaki, préfecture de Niigata), Soga Hitomi (ville de Sado, préfecture de Niigata) Chimura Yasushi et son épouse Fukie (ville d’Obama, préfecture de Fukui). Tous avaient été enlevés en 1978. Ils ont finalement pu revenir dans leur pays 24 ans plus tard. En 2004, le Premier ministre Koizumi se rend une deuxième fois en Corée du Nord et débloque la situation pour les enfants et les conjoints coréens des ressortissants japonais rapatriés, qui sont finalement réunis et vivent désormais au Japon.

Des victimes des enlèvements descendent la rampe d’un avion affrété par le gouvernement et foulent de nouveau le sol japonais pour la première fois en 24 ans. (Aéroport de Haneda, Tokyo, 15 octobre 2002)
Des victimes des enlèvements descendent la rampe d’un avion affrété par le gouvernement et foulent de nouveau le sol japonais pour la première fois en 24 ans. (Aéroport de Haneda, Tokyo, 15 octobre 2002)

Cependant, la situation est loin d’être entièrement résolue. La Corée du Nord affirme que huit des douze victimes restantes que le gouvernement japonais a reconnues comme victimes, dont Yokota Megumi, sont déjà décédées et que quatre ne sont jamais entrées en Corée du Nord. Cependant, les explications de la Corée du Nord et les « preuves » présentées pour ses allégations sont entachées de doutes, et la partie japonaise continue d’exiger une nouvelle enquête.

Pourquoi la question des enlèvements n’est-elle toujours pas résolue ?

Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle admis les enlèvements ? Avec la fin de la Guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique qui la soutenait, depuis les années 1990 la situation alimentaire de la Corée du Nord se détériorait. Celle-ci a cherché à obtenir une coopération économique de la part du Japon en échange de progrès sur la question des enlèvements. En fait, lors du deuxième sommet Japon-Corée du Nord, le gouvernement japonais a promis de fournir 250 000 tonnes de nourriture et 10 millions de dollars de fournitures médicales et d’autres formes d’assistance par l’intermédiaire d’organisations internationales (cette somme a été gelée par la suite).

L’échec ultérieur des négociations tient également au changement de politique de Pyongyang. En effet, le régime nord-coréen, qui avait fait du développement nucléaire une priorité absolue pour sa défense nationale, a procédé à un essai nucléaire souterrain en octobre 2006, devenant de facto un État nucléaire, et a continué à développer des missiles balistiques intercontinentaux dans le même temps. Les appels à une pression accrue se sont multipliés au Japon et l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution condamnant les violations des droits de l’homme. Au fur et à mesure que la Corée du Nord s’isolait au sein de la communauté internationale, elle s’enferrait dans la position que la question des enlèvements est résolue.

Le deuxième gouvernement Abe, entré en fonction en 2012, a fait de la résolution de la question des enlèvements l’un de ses principaux objectifs de politique étrangère. Abe Shinzô a fait du « dialogue et de la pression » la politique de base des négociations avec la Corée du Nord et a appelé à « ne pas normaliser les relations diplomatiques avant la résolution complète de la question des enlèvements ». Il n’a toutefois obtenu aucun résultat.

On attendait en particulier beaucoup des pourparlers bilatéraux entre le Japon et la Corée du Nord qui se sont tenus à Stockholm en mai 2014. Les deux pays avaient convenu, le Japon d’alléger certaines sanctions, en échange d’une enquête de la Corée du Nord sur les disparitions de ressortissants japonais, dont les kidnappings en question.

Selon les médias, dans le cadre de cet accord, Pyongyang a révélé, au cours d’une réunion informelle, que Tanaka Minoru et Kaneda Tatsumitsu, disparus à la fin des années 1970, étaient encore en vie. Toutefois, les négociations ont ensuite été rompues. Depuis, aucun progrès n’a été enregistré.

Pourquoi la question des enlèvements n’est-elle pas résolue ? Voici ce qu’en pense Ishidaka Kenji :

« Aujourd’hui, nous savons que des personnes enlevées se trouvent encore en Corée du Nord, mais le gouvernement n’a pas été en mesure de les secourir. L’une des raisons en est que le Japon ne dispose pas d’une agence de renseignement dotée d’un service d’enquête. De fait, le Japon ne peut même pas réunir des indices pertinents pour mener des négociations efficaces, parce qu’il n’a pas les moyens d’obtenir des informations internes sur la Corée du Nord, par exemple en s’attachant les services d’agents étrangers de pays amis de la Corée du Nord. Voilà pourquoi le Japon reste incapable de secourir ses propres citoyens enlevés par une puissance étrangères. Cela représente un danger pour la sécurité du Japon lui-même. »

(Reportage et texte de Nishioka Chifumi, de Power News. Photo de titre : les familles demandent le retour des personnes enlevées, le 27 mai 2023, à Tokyo. Kyôdô)