Rendre la gestion de crise visible
De 2019 à cette année, un ours higuma connu sous le nom de code OSO18 était craint sur le territoire de plusieurs villages de l’est de Hokkaidô, comme Shibecha et Akkeshi, car il avait attaqué 66 vaches. Mais, quand il a été établi à la fin de juillet dernier que cet ours avait été tué par un chasseur, la décision de l’avoir abattu a suscité de vives critiques.
M. Satô estime qu’il serait bon d’avoir un système de gestion de crise lisible par tous, en commençant par installer des grillages électriques pour empêcher la pénétration d’ours et avoir une bonne gestion des ordures, ce qui permettrait à chacun de comprendre qu’un ours y ayant échappé et ayant pénétré la sphère d’activité humaine ne pourra qu’être éliminé.
« Des spécialistes déployés dans les zones concernées suivent la situation au quotidien, et collectent des informations. L’idéal serait qu’ils puissent recueillir les opinions de la population locale, tant celles des personnes directement affectées par les dommages causés par les ours que celles qui ne le sont pas, pour mettre au point des mesures concrètes. Les ours qui commettent des dégâts sont souvent des individus spécifiques. Il faudrait faire preuve de pédagogie, en expliquant pourquoi tel ours a dû être liquidé et comment cela a resolu le problème.
Apprendre de la vision que les Aïnous avaient des ours
Les Aïnous, la communauté indigène de Hokkaidô, voyaient les ours higuma non pas comme un simple ennemi ou une proie à chasser, mais comme incarnant deux déités opposées. Les ours qui leur apportaient viande et fourrure incarnaient le kimun kamui (dieu de la montagne). Quand ils en tuaient un, ils procédaient à une cérémonie d’action de grâce pour envoyer son âme au pays des dieux, en priant pour son retour.
Mais l’ours higuma qui s’attaquaient aux êtres humains et au cheptel était considéré comme l’incarnation d’un uen kamui (un mauvais dieu). Ils le combattaient résolument, l’abattaient, mais n’en mangeaient en aucun cas sa chair.
« Se débarasser des ours urbains, que l’on peut considérer comme des uen kamui, résout souvent les infestations ultérieures, même dans les régions éloignées. Le tout n’est pas de faire diminuer le nombre total d’ours n’importe comment, mais d’éliminer rapidement les mauvais ours spécifiques, ce qui mène à une meilleure sécurité dans ces territoires et à la protection des ours. Il ne faut pas l’oublier. »
C’est en 1991 que M. Satô a vu son premier ours higuma. Il participait à une mission d’observation du groupe de recherche sur ces ours de l’Université de Hokkaidô. À l’époque, rares étaient les témognages oculaires. Il s’agissait d’une mère et de ses enfants qui mangeaient des herbes le long d’une rivière. Sous le soleil, le pelage des ours lui a paru doré, et il n’a jamais oublié leur beauté.
« Je voudrais faire en sorte que dorénavant les ours puissent vivre paisiblement dans la forêt. Protéger les bandes d’ours locales est important. Le Japon est le seul pays avancé où il y a des ours sauvages en si grand nombre. Mon souhait est que, tout en jouissant de ce magnifique environnement naturel, chacun en sache plus sur les ours et apprenne une nouvelle façon de coexister avec la faune sauvage. »
(Reportage et texte d’Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre : un ours filmé par une caméra automatique dans la ville de Kazuno, préfecture d’Akita, en juillet 2023. Jiji)
