Le cas Elon Musk

Mettons de côté les déclarations de Trump sur le Groenland et le Panama, et penchons-nous sur les propos d’Elon Musk, nouveau bras droit de Trump, au sujet de la politique internationale. Dans un message posté le 20 décembre 2024 sur X (ex Twitter), Elon Musk a lancé : « Seule l’AFD peut sauver l’Allemagne » et apporté son soutien explicite au parti populiste d’extrême droite Alternative für Deutschland à l’approche des élections législatives allemandes de fin février. Il a par ailleurs utilisé sa plateforme X pour dénigrer le premier ministre britannique Keir Starmer, des interventions qui nuisent tout bonnement aux intérêts diplomatiques américains.

Le nouveau secrétaire d’État Marco Rubio et le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz préféreraient logiquement que Musk se taise. Mais à ceux qui le critiquent d’avoir pris position sur la politique allemande, Musk répond que son groupe (le constructeur automobile Tesla), ayant des usines en Allemagne, cela lui donne le droit de se positionner sur le sujet. Ce genre de bravade — qui a tout d’une gifle assénée avec une liasse de billets, est le pire visage que l’Amérique puisse présenter au monde. Les États-Unis ont tout à perdre à ce jeu.

Dans le sillage de Musk, le milliardaire de X et Tesla, d’autres géants de la tech comme Meta ou Amazon, autrefois considérés comme des tenants et des défenseurs du camp démocrate, ont changé leur fusil d’épaule et fini par apporter leur soutien à Trump. Au Japon, Son Masayoshi, le patron de Softbank, s’est également précipité aux pieds des États-Unis avec la promesse d’une enveloppe de 100 milliards de dollars d’investissements pour les quatre ans à venir. Le secteur de la tech mondiale semble craindre que Trump ne privilégie que X et il s’empresse de courtiser la nouvelle administration américaine en espérant profiter de ce qu’ils identifient comme un incontournable pôle d’influence.

Raffermir le G7

Toute réflexion sur l’avenir de la scène internationale doit s’appuyer sur la reconnaissance de l’indéniable importance du G7. J’ai été « sherpa », j’ai représenté le Premier ministre japonais lors des réunions préparatoires du G8 (auquel participait la Russie), George W. Bush était alors président des États-Unis et le pays avait alors les mains libres sur la scène internationale. Au sommet d’Evian en France en 2003, le président Bush, qui devait participer aux deux jours de discussions de ce grand sommet, a fini par quitter les lieux à la fin de la première journée, suite notamment à l’opposition de la France à la guerre d’Irak.

Pendant son premier mandat, Donald Trump avait voulu éviter les accords multilatéraux au profit de négociations bilatérales afin d’utiliser la force de frappe des États-Unis pour forcer ses partenaires.

Mais le G7 fonctionne autrement. Les dirigeants des États membres sont à la même table de négociation secondés d’un seul assistant lors des discussions. Le G7 diffère aussi considérablement du G20 où les participants sont beaucoup plus nombreux, sans parler d’autres rassemblements encore plus grands comme le forum de coopération économique Asie-Pacifique, l’ONU ou le FMI qui réunissent des dizaines voire des centaines de membres. Chacun y va de son discours de 10 minutes, ce qui en fait un peu un concours d’éloquence à grande échelle. Difficile d’y mener des échanges constructifs.

Le président Barack Obama a déclaré un jour que l’ère du G7 était révolue et que le G20 serait désormais le « premier forum » international. Je ne peux adhérer à ce point de vue. Maintenant que le Conseil de sécurité des Nations unies a perdu de son efficacité et que le G20 est menacé par les tensions sino-américaines, le G7 est plus précieux que jamais. Sachant que le Japon ne fait pas partie de l’Union européenne et qu’il n’est plus membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies depuis 2024, il lui est crucial d’empêcher le G7 de se désagréger.

Nous devons pousser le G7 de l’avant, même si la discrétion est désormais plus de mise qu’auparavant. Nous devons pousser Trump à prendre part à ces discussions qu’il déteste tant. À nous d’œuvrer à des résultats concrets, pour que le cadre ne se désintègre pas complètement. D’autant que sur les quatre ans à venir, la situation pourrait empirer si JD Vance, le vice-président de Trump, prenait place dans le bureau ovale. Mais pour l’instant, nous devons rester concentrés sur la tâche qui nous attend.

Si le Japon veut naviguer avec succès à l’ère Trump 2.0, le gouvernement nippon devra avant tout bénéficier d’un soutien populaire clair et massif. Tokyo n’aura pas grand-chose à craindre si le dirigeant japonais est en phase et bénéficie de l’appui de Trump. Pensons aux dirigeants qui ont développé de solides relations avec Trump lors de son premier mandat : Kim Jong-un de Corée du Nord, le russe Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan de Turquie et le philippin Rodrigo Duterte avaient tous le soutien massif de leurs populations, ce qui plaît à Donald Trump, car il y voit une force, un argument décisif pour traiter avec eux.

Affronter les États-Unis alors que leur base est fragile est un défi de taille pour les gouvernements, quels qu’ils soient. J’espère donc que le Premier ministre Ishiba Shigeru fera tout ce qui est en son pouvoir pour consolider sa position sur son sol avant de négocier avec Trump.

(D’après un entretien réalisé par Koga Kô, directeur exécutif de la Nippon Communications Foundation. Photo de titre : Donald Trump prête serment dans la rotonde du Capitole à Washington DC. Photo prise le 20 janvier 2025. AFP/Jiji)