La réforme de la fonction publique au Japon : oui à une hausse qualitative, non à une baisse quantitative
Après avoir passé en revue le cas des pays d’Europe méridionale, intéressons-nous à celui du Japon.
Jusqu’à présent, avec la réforme des services postaux sous le gouvernement PLD de Junichiro Koizumi et les coupes budgétaires effectuées par le PDJ lors de son arrivée au pouvoir en 2009, le nombre de fonctionnaires et leur rémunération ont été abaissés, dans un effort de réduction des dépenses publiques inutiles. Cependant, la comparaison avec les pays d’Europe méridionale permet de souligner un certain nombre de problèmes.
Les questions soulevées par le cas des pays d’Europe du Sud — l’opacité et l’inadéquation des embauches décentralisées, le clientélisme, la mauvaise gestion des compétences, le vieillissement des fonctionnaires — montrent que la réduction des effectifs et des rémunérations ne suffit pas à résoudre les problèmes. Une telle réforme quantitative risque au contraire d’entraver l’embauche de jeunes personnels talentueux et de saper la motivation des fonctionnaires en place.
La réforme de la fonction publique d’Etat est déjà en cours et, à l’année fiscale 2012, les concours de recrutement ont fait peau neuve. Les catégories I, II et III ont été remplacées par de nouvelles catégories — métiers généraux, métiers administratifs et métiers spécialisés —, chacun de ces métiers faisant également l’objet d’une refonte.
D’après l’Autorité nationale des ressources humaines, l’objectif principal de cette réforme est tout d’abord d’évoluer vers une gestion des ressources humaines axée sur les compétences et les performances grâce à une rénovation en profondeur du déroulement des carrières et des concours d’accès, afin de garantir un système d’avancement étroitement lié aux performances après embauche. Deuxièmement, il s’agit de mettre en place un système de concours adapté à de nouveaux profils, notamment un concours des métiers généraux réservé aux titulaires d’un diplôme de troisième cycle, y compris spécialisé. Troisième objectif, diversifier le recrutement en créant une catégorie « culture générale » au concours des métiers généraux, qui met l’accent sur les aptitudes fondamentales en matière de planification, ou encore un concours destiné aux candidats émanant du secteur privé. Quatrièmement, il s’agit de favoriser le recrutement de candidats dont l’intellect repose sur des compétences à débattre et une solide culture générale, par le biais d’un « examen d’aptitudes fondamentales » axé davantage sur la réflexion logique et l’application pratique que sur les connaissances, ou par la création dans la catégorie « culture générale » du concours des métiers généraux ouvert aux diplômés de deuxième et troisième cycle d’un « examen de débat sur les mesures stratégiques » mettant en valeur les capacités de planification et de communication.
Soulignons parmi ces nouveautés la création d’un cadre réservé aux diplômés de troisième cycle et d’une catégorie « culture générale ». Jusqu’à présent, par-delà le problème constitutif du cloisonnement administratif, les fonctionnaires d’Etat ont souvent été accusés de s’enfermer dans leur spécialité, d’être incapables de communiquer avec souplesse et d’établir de grandes stratégies visionnaires ; le recrutement actif de candidats dotés d’une formation de troisième cycle, l’ouverture à des candidats spécialisés mais dotés d’une vaste culture générale et de capacités d’adaptation ainsi que d’une vision internationale peuvent laisser espérer une refonte de la culture administrative. Une vaste et solide culture générale peut permettre d’éviter le morcellement intellectuel qui accompagne souvent la spécialisation.
Si l’on s’inspire de la situation des pays d’Europe méridionale examinés ici, on constate qu’il est indispensable de poursuivre les réformes afin d’éradiquer les avantages ou le clientélisme et autres éléments négatifs sources d’inefficacité, tout en diffusant, en particulier vers les jeunes, une image attirante de la fonction publique.
Par ailleurs, en ce qui concerne les ressources humaines et le recrutement, il est crucial de s’orienter vers l’intégration active de jeunes gens capables d’évaluer avec justesse, à moyen et long terme et d’un point de vue global, la position du Japon (ou de leur collectivité locale dans le cas des fonctionnaires territoriaux) et d’identifier eux-mêmes les problèmes de société, et qui possèdent la culture générale et la souplesse nécessaires pour proposer des solutions.
Bibliographie :
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Special Issue: Public management reform in countries in the Napoleonic administrative tradition: France, Greece, Italy, Portugal, Spain, International Journal of Public Sector Management, Vol.21 Iss:2, 2008
OCDE, Panorama des administrations publiques 2011, Editions OCDE, 2011
OCDE, Panorama mondial des réformes administratives : comparaison internationale des gouvernances publiques (Akashi Shoten, 2010)
Osabe Shigeyasu, L’anatomie pathologique de la France contemporaine (Yamakawa, 2006)
Shirai Sayuri, L’Europe secouée : jusqu’où s’étendra la crise financière ? (Editions Nihon Keizai Shimbun, 2010)