Okumura Nobuyuki est le premier sculpteur japonais à avoir réalisé le buste en bronze du Saint-Père, à la demande du Vatican. Il est ainsi l’auteur des statues de trois papes jusqu’à aujourd’hui. Dans son atelier près de Rome, il revient pour nous sur sa carrière.
Un lien aristocratique avec le Vatican
À Bracciano, près de Rome, Okumura Nobuyuki a installé son atelier dans une ancienne grotte étrusque. C’est là qu’il prépare ses œuvres selon la technique antique du moulage à la cire perdue, un procédé complexe que même les sculpteurs italiens délaissent de nos jours. En 2003, il a réalisé le buste en bronze du pape de l’époque, Jean-Paul II, qui lui a valu une renommée immédiate. Cette effigie est aujourd’hui visible dans la salle Barberini de la bibliothèque du Vatican.
OKUMURA NOBUYUKI Jamais je n’aurais rêvé pouvoir réaliser un buste de Jean-Paul II, moi qui ne suis ni Italien ni catholique.
Et cette effigie trône désormais dans une salle conçue par Gian Lorenzo Bernini, chef de file de l’époque baroque. Le plus étonnant est que ce buste fait face à celui d’Urbain VIII, sculpté par Bernini lui-même.
Peut-être que, par-delà les quatre siècles qui nous séparent, Bernini reconnaît que le Japonais que je suis ne s’est pas trop mal débrouillé. Les sculpteurs italiens possèdent un sens aigu de la forme, mais pour la minutie des détails, les Japonais sont les plus forts.
Comment en suis-je venu à sculpter le buste du pape ? Par un hasard inouï. En 1995, j’ai réalisé la statue d’un aristocrate de Bracciano. Parmi les invités à la réception d’inauguration figuraient un couple descendant des Borghese, une famille qui compte un pape dans ses rangs. Mme Borghese m’a demandé de réaliser un buste de son mari, et c’est ainsi que je me suis rendu à plusieurs reprises dans leur palais à Artena, dans le sud-ouest de Rome.
Une fois le buste fini, à partir d’une observation attentive des expressions et de l’ossature du visage de mon client, les Borghese m’ont fait une large publicité autour d’eux. Grâce à eux, j’ai rencontré le grand maître de l’ordre de Malte à Rome, Franz von Lobstein, qui m’a présenté au Vatican.
M. von Lobstein m’a demandé un buste de lui, mais il m’a également encouragé à en réaliser un du pape Jean-Paul II. J’étais dubitatif, mais quand la base a été prête, je lui ai envoyé une photo ; le bras droit du Saint-Père, le cardinal Pio Laghi, m’a alors contacté pour m’informer que je bénéficierais d’une audience à l’occasion de la célébration des 25 ans du pontificat ; il m’a aussi demandé de m’atteler immédiatement à la réalisation du bronze. J’y ai travaillé de toutes mes forces les six mois suivants.
Normalement, je rencontre mon modèle et nos conversations me donnent l’inspiration. Mais en l’occurrence, c’était bien entendu hors de question ; j’ai donc travaillé sur la base de photographies du pape, en me renseignant sur sa carrière.


