Une réforme de la justice pénale incomplète
La réforme approuvée par le Conseil législatif comporte cependant plusieurs améliorations, les principales étant l’enregistrement sonore ou audiovisuel des interrogatoires, qui avait finalement été adopté, et l’obligation pour le parquet de divulguer aux avocats l’inventaire des preuves. Mais des failles persistent. Les interrogatoires ne sont pas enregistrés dans leur intégralité, et les avocats ne peuvent toujours pas assister leurs clients lorsqu’ils ont lieu. Pour Mme Muraki, cela revient à demander à une personne qui n’a jamais fait de boxe de participer à un combat avec un boxeur professionnel, sans arbitre ni juge. Elle estime que l’accusé devrait pouvoir consulter a minima son avocat avant de signer le procès-verbal.
Quant à la divulgation de preuves désavantageuses pour les procureurs, cela reste encore difficile. Aucune évolution n’est également constatée quant à la détention, ce qui fait que le système de « prise en otage » persiste… Il suffit toujours de faire croire qu’il existe un risque de dissimulation de preuves, ou de fuite de l’accusé, pour que le juge accepte le maintien en détention. Mme Muraki estime qu’il faut établir des règles transparentes pour la détention, et un système qui la gère de manière appropriée.
L’année 2018 a connu plusieurs scandales impliquant la dissimulation ou la falsification de documents officiels par des fonctionnaires. La dissimulation organisée, afin de faire comme si rien ne s’était passé lorsqu’une administration ou une organisation a fait une erreur ou a connu un échec, est une mauvaise habitude des organisations japonaises. Elles en arrivent à commettre les actes qu’elles condamnent, pris au piège de leurs propres règles, à savoir que les principes doivent être respectés et que tout échec ou erreur sont impardonnables. Le parquet n’y échappe pas : il conduit des interrogatoires indus, et ne corrige pas ses erreurs même après s’en être rendu compte. Pour Mme Muraki, créer une organisation où la dissimulation est impossible devrait soulager mentalement les responsables.
Muraki Atsuko évoque sa détention qui a duré 164 jours avec une touche de légèreté. « C’était la première fois de ma vie que j’avais autant de temps libre. Je n’avais ni à travailler, ni à m’occuper de mon ménage. J’avais droit à trois repas par jour, et on faisait ma lessive. Nettoyer ma minuscule cellule ne me prenait pas beaucoup de temps. J’ai pu lire 150 livres. » Mais sa vie en détention n’était bien évidemment pas aussi facile qu’elle le dit. Les contraintes des prisonniers sont multiples, comme celles de ne pouvoir s’allonger qu’aux heures prévues, et ou de ne pas avoir le droit d’essuyer sa transpiration lorsqu’il faisait très chaud, etc.
Muraki Atsuko avait remarqué qu’il y avait parmi les détenues beaucoup de femmes très jeunes, qui étaient là pour des affaires de drogue ou de prostitution. Après avoir terminé sa carrière au ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales en tant que vice-ministre administrative, elle s’occupe à présent de soutenir les jeunes femmes en difficultés en raison de leur pauvreté, ou parce qu’elles ont été victimes de mauvais traitements ou de violences sexuelles. « Maintenant que j’ai quitté la fonction publique, et que je me suis éloignée de l’élaboration de mesures, je suis libre de mener les activités qui m’intéressent », dit-elle.
(Reportage et texte : Itakura Kimie de Nippon.com. Photos : Miwa Noriaki)

