Les « actifs » japonais

C’est dans ce contexte, le monde entier ayant les yeux tournés vers l’Iran à la veille de voir les sanctions économiques levées, le 25 septembre 2015, que le Premier ministre japonais, Abe Shinzô, s’est entretenu avec le président iranien Hassan Rohani au siège de l’ONU à New York. Considérant la levée des sanctions économiques contre l’Iran, M. Abe s’est déclaré prêt à « inciter les entreprises japonaises à contribuer au développement économique iranien ». De son côté, le président Rohani a déclaré : « Maintenant que l’accord sur le nucléaire est réalisé, nous aimerions élargir la coopération dans différents domaines », et a demandé au Japon une aide concrète dans des domaines tels que l’énergie, les transports et la circulation, l’environnement, la culture et la médecine.

Il fait peu de doute que ce sont les « actifs historiques » japonais, accumulés sous forme de sentiments positifs et continus illustrés par le Japon vis-à-vis de l’Iran qui poussent aujourd’hui le président Rohani à rechercher un élargissement des échanges économiques avec le Japon.

Mehdi Gholi Hedayat (1864-1955) qui fut Premier ministre de 1927 à 1933 durant l’ère Pahlavi, écrivit ses impressions du Japon lors d’un voyage qu’il fit fin 1903 début 1904, dans son récit « Voyage à La Mecque ». Il fut en particulier attiré par le mode de vie modeste, le comportement intègre des Japonais, et l’importance accordée à l’éducation : « Le Japon est un pays asiatique, mais il ne dort pas comme nous », écrit-il (cité par Okazaki Masataka : Le monde moyen-oriental – Les relations internationales et la question ethnique, Sekaishiso Seminar).

En 1951, quand l’Iran fut exclu du marché du pétrole sous la pression britannique parce que le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh avait réquisitionné et nationalisé les champs pétrolifères iraniens jusqu’alors détenus par les britanniques, M. Mossadegh invita chez lui un représentant de la compagnie pétrolière japonaise Idemitsu, dont un navire était au port d’Abadan pour acheter du pétrole iranien. Il lui fit la déclaration suivante : « Les Iraniens admirent depuis toujours l’attitude des Japonais. L’esprit de bravoure japonais est formidable. Le Japon a malheureusement perdu la guerre, mais je suis sûr qu’il reviendra un jour. Je souhaite qu’Iraniens et Japonais, en tant qu’Asiatiques, marchent main dans la main. » (Idemitsu Kosan Co., Ltd : Le Nisshômaru sur le golfe Persique )

Comme dans de nombreux pays du Moyen-Orient, la politesse japonaise, la réussite de la reconstruction et du développement économique malgré la défaite de la guerre, ainsi que le haut niveau technologique, constituent les « actifs » du Japon en Iran. Dans le contexte de l’assouplissement des sanctions contre l’Iran, ces « actifs » deviendront sans aucun doute la toile de fond de la promotion des échanges économiques entre le Japon et l’Iran. Et le fait qu’il n’y ait eu jusqu’à présent aucune friction majeure entre nos deux pays malgré les sanctions confirme que pour l’Iran, le Japon est en position de devenir un partenaire de confiance.

(D’après un original en Japonais publié le 26 octobre 2015. Photo de titre : le président de la République islamique d’Iran Hassan Rohani et le ministre japonais des Affaires étrangères Kishida Fumio, lors de pourparlers à Téhéran le 13 octobre 2015. AP/Aflo)
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