L’inquiétude suscitée par l’idée que tout le monde ne sera plus pareil
À propos du mariage entre personnes du même sexe, il n’est pas pour l’instant prévu que la loi le reconnaisse, même si certaines collectivités territoriales ont décidé par ordonnance de fournir des certificats de partenariat.
Parce qu’ils sont exclus du système qu’est le mariage, les couples homosexuels, même s’ils vivent depuis longtemps ensemble, sont confrontés à de nombreuses difficultés – ils ne peuvent hériter l’un de l’autre ni prendre de décision médicale en cas d’hospitalisation, difficultés que les gens qui peuvent obtenir les garanties légales offerte par le mariage, c’est-à-dire par une simple feuille de papier, refusent de comprendre en affirmant que « la nature veut que le mariage unisse un homme et une femme ».
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En réalité, l’idée de reconnaître et garantir l’existence des droits des minorités éveille peut-être, de manière inconsciente, de l’anxiété et de l’appréhension chez ceux qui font partie de la majorité. Ne serait-ce pas parce qu’ils ont le sentiment que leur façon d’être qui leur paraît normale serait ébranlée si « tout le monde n’est plus pareil » ?
L’époux est le « pilier du foyer », sa femme et ses enfants lui obéissent, et même si cela implique des désavantages pour l’épouse, tous les membres de la famille portent le même nom. L’épouse, parce qu’elle trouve cela évident, s’y conforme en s’en plaignant un peu. Mais si les époux pouvaient ne pas avoir le même nom, l’épouse ou les enfants pourraient prendre un autre nom que celui du père et époux. Peut-être ne voudront-ils pas être enterrés dans la même tombe. Même si les gens ne le reconnaissent pas consciemment, ne serait-ce pas cela qui « fait peur », ne serait-ce pas une possibilité qu’il faut absolument écarter ? C’est exactement pour cela qu’ils exagèrent en faisant une « tradition japonaise » qu’il faut respecter de cette obligation pour les époux de porter le même nom, alors qu’elle n’est vieille que d’un peu plus d’un siècle (elle remonte au Code civil de Meiji, 1898).
Il va sans dire que je ne pense pas que c’est parce qu’ils sont peureux que beaucoup de gens sont opposés à la possibilité pour les époux de ne pas porter le même nom ou au mariage homosexuel. Mais je suis convaincue qu’il faut oser douter des choses que l’on considère comme « normales ». Il est probablement juste de penser que si l’on a envie de refuser de le faire, cela conduit à la décision de ne pas reconnaître les minorités.
Il y a au Japon des gens qui ont des origines aïnoues ou okinawaïennes, et des racines dans la péninsule coréenne. Mais presque partout on parle japonais, et les caractéristiques physiques, la couleur de la peau ou des yeux, se ressemblent. Ce qui veut dire que les membres de la société japonaises ont vécu dans la croyance que tout le monde est pareil. C’est peut-être ce que rend difficile la rencontre avec des gens différents. Encore plus lorsque que des gens qui leur paraissaient pareils à eux-mêmes exigent des droits en affirmant leur identité, ce qui crée une gêne, une opposition, et l’on peut comprendre ce sentiment que sa propre existence est menacée.
La majorité de la société japonaise
Mais les temps changent. De nombreuses sociétés, et pas seulement celles à capitaux étrangers, affichent la diversité. Accepter la différence nécessite probablement quelques efforts. Pour permettre aux personnes handicapées de travailler, il faut éliminer les obstacles sur le lieu de travail ; pour accueillir les touristes et la main-d’œuvre étrangers, il faut une signalisation en plusieurs langues. L’insatisfaction vis-à-vis du mouvement qui veut favoriser les minorités en faisant ce genre d’efforts vient de la majorité qui se sent menacée, qui pense qu’elle ne va pas pouvoir protéger ses droits.
Il ne sera sans doute pas facile de faire changer les « hommes ordinaires d’âge moyen » qui sont la majorité de la majorité de la société japonaise. Mais les jeunes et les femmes qui sont une « minorité », bien qu’elle n’en soit pas nécessairement une en termes de nombre, ont la possibilité de faire une réalité de ces réformes. Il faut plus de femmes et de jeunes dans tous les lieux et les professions qui prennent les décision importantes, les assemblées, les mairies, les tribunaux, les entreprises, et ailleurs. Cela ne deviendra une réalité que si l’ensemble des gens qui forment la société changent. De l’œuf ou la poule, qui est le premier... Mais il ne faut surtout pas renoncer.
(D’après un article en japonais du 23 février 2016. Photo de titre : les plaignants arrivent à la Cour suprême pour l’annonce de la décision dans la plainte sur les noms maritaux, à Tokyo, le 16 décembre 2015. Jiji Press)▼A lire aussi
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