Le projet des nouvelles Routes de la soie

On ne saurait trop souligner à quel point il est important pour la France et les pays européens de s’assurer une voie vers cette Asie de l’Est en expansion. Dans ce cas, il est impossible d’ignorer le projet du président chinois Xi Jinping concernant les nouvelles Routes de la soie, appelé « Une ceinture, une route » (« One Belt, One Road »). Une route maritime est en train de se développer en même temps qu’une route terrestre grâce à des prêts chinois à long terme, finançant l’aménagement d’infrastructures de grande ampleur par l’expansion de ports existants. Mais cette avancée hégémonique de la Chine suscite, chez les pays avancés comme chez les pays concernés, des inquiétudes quant au retour d’un nouveau colonialisme.

L’aménagement d’infrastructures grâce à l’aide financière de la Chine peut sembler attractif mais ne risquerions-nous pas sa domination impérialiste ? Il appelle toutes sortes de conjectures sur ce qui pourrait se passer si l’empire du Milieu devait un jour se replier sur lui-même : cela risquerait d’interrompre les financements, et de confronter les pays qu’elle a soutenus à des dettes et au marasme. Ici, les affinités de chaque pays, son orientation pro ou anti-chinoise, entrent en jeu avant même un jugement rationnel.

Mais si l’on réfléchit à la signification d’un projet d’une telle ampleur, indépendamment de l’aspect chinois, l’établissement de routes pour la circulation des marchandises peut au moins devenir un atout international si l’Asie de l’Est devient à long terme un pôle de l’économie mondiale. De plus, l’activation des routes maritimes est aussi indispensable du point de vue de la question du changement climatique, que l’UE envisage sous l’aspect du report modal. La rénovation du port de Marseille est pionnière à cet égard. De fait, le Japon, qui est situé sur la route la plus courte entre la Chine et les États-Unis, a connu ces dernières années une augmentation rapide du volume de son transport maritime.

Établir une norme internationale dans les mers de l’Asie

En Asie de l’Est, les risques sécuritaires progressent en même temps que la croissance économique. L’aménagement des infrastructures devra donc aller de pair avec l’établissement d’une norme internationale. Relativement aux questions d’expansion maritime et de territoires disputés, la Chine et les pays voisins vont sans doute ajuster leurs manœuvres encore et encore tout en continuant à se faire face. Il ne faut pas laisser la force l’emporter, mais résoudre les problèmes par des règles partagées, et créer des rapports justes et égaux. Si l’accès libre à ces infrastructures est garanti, un espace fondé sur des relations de confiance et de coopération mutuelle sera créé, ce qui mènera à la prospérité partagée. Elles deviendront un atout à long terme pour la Chine comme pour les autres pays d’Asie, tout comme pour la France.

Aujourd’hui que les États-Unis affirment America First et se lancent dans une guerre commerciale avec la Chine, les normes internationales libérales sont en crise. En Asie de l’Est, le Japon est une des rares nations dont la France et l’Europe peuvent partager les valeurs. Précisément parce que les États-Unis de Trump suscitent des frictions diverses, le Japon devra plus que jamais assumer son rôle de gardien de la liberté et des normes internationales par une coopération étroite avec les pays européens.

Du côté des pays européens, la contribution de la France qui a des points d’appui dans le Pacifique est d’une extrême importance. Si elle devait rechercher une nouvelle identité comme nation du Pacifique, elle pourrait devenir une force leader d’un nouvel ordre mondial encore plus important. À ce moment-là, le Japon sera le meilleur partenaire pour la France.

(Photo de titre : en visite en France pour célébrer le 160e anniversaire des relations d’amitiés franco-japonaises, le prince Naruhito, futur empereur du Japon, est accueilli au château de Versailles par le président Macron, le 12 septembre 2018. Jiji Press)