Externalisation et baisse de la qualité
Sur le terrain, la première chose qui frappe, c’est le grand nombre d’employés intérimaires. Dans le cadre de la réforme des collectivités locales voulue par le gouvernement, la baisse du nombre de fonctionnaires se poursuit. Cela impacte également les services de ramassage des ordures, qui sont aujourd’hui confiés, au niveau national, à hauteur de 80 % à des prestataires privés. Le métier d’éboueur, souvent considéré comme à la portée de n’importe qui, est l’un des premiers secteurs à avoir été externalisé par les collectivités locales. Mais, et on le comprend très vite lorsqu’on s’y collette, ce travail n’a rien de simple. Il nécessite un certain nombre de savoir-faire, et l’expérience des employés est primordiale pour améliorer la qualité du travail et proposer des services adaptés aux besoins des habitants.
Parmi le personnel intérimaire placé par des prestataires extérieurs, beaucoup considèrent ce travail comme une simple occupation alimentaire. Ils sont beaucoup moins motivés que les autres employés et ne semblent guère faire d’efforts pour offrir un meilleur service à la population.
La délégation des services publics à des prestataires privés a été promue dans l’espoir de rendre l’administration plus efficace. Mais en réalité, on assiste à une baisse du niveau des services publics car le travail est moins bien fait. Et c’est une question qui, finalement, concerne chacun d’entre nous de façon directe.
Participation à la sécurité locale
Pris dans la vague de l’externalisation, les éboueurs professionnels continuent néanmoins de réfléchir à de nouveaux services pour mieux répondre aux besoins de la population.
Un exemple de ces innovations est la collecte des déchets à domicile. Ce service s’adresse aux personnes âgées ou handicapées solitaires, qui peinent à sortir leurs poubelles ; il permet en même temps de s’assurer que la personne se porte bien. À l’heure où les morts solitaires deviennent un problème de société, ce nouveau service associe un service sanitaire à un besoin social.
Presque chaque jour, les éboueurs sillonnent les rues et rencontrent les habitants, ils connaissent l’état du trafic routier, et ils sont également parmi les premiers à repérer les changements dans chaque quartier. De ce point de vue, ils constituent une précieuse ressource administrative en termes de participation à la sécurité et à la prévention des catastrophes. Quand le grand séisme redouté à Tokyo arrivera, sachant qu’il a 70 % de risques de se produire dans les 30 années à venir, leur mobilité et leur connaissance du terrain pourront être mises à contribution pour protéger les habitants.
Evoquons également une initiative lancée à Hachiôji, dans la préfecture de Tokyo : avec pour slogan « sortir du travail répétitif », la ville entend positionner les éboueurs professionnels comme des experts des déchets, loin de l’image de travailleurs condamnés à répéter une tâche simple.
« Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu ramasseras les poubelles » : voilà ce qu’un éboueur a entendu une mère dire à son enfant. C’est fort dommage. Mais il faut savoir que la réalité est de plus en plus éloignée de cette image négative. Le métier d’éboueur évolue aujourd’hui de la simple collecte des déchets vers l’offre de services nouveaux, adaptés aux besoins de la collectivité locale.
Peut-être verra-t-on un jour des enfants annoncer fièrement à leurs parents, les yeux brillants : « Moi aussi, je veux me rendre utile à la société au volant d’une benne à ordures. » Je l’espère sincèrement. Cela demande une implication croissante des employés sur le terrain et, de la part de la population, un respect renforcé pour ceux qui se chargent de ce travail ingrat et une volonté de les soutenir.
(Photo de titre : collecte des déchets ménagers dans l’arrondissement de Shinjuku à Tokyo en novembre 2018 © 2018 Tokyo Seisou Shinjuku)(*1) ^ Yorimoto Katsumi (1940-2011), chercheur en politiques publiques et politiques environnementales, professeur à la faculté d’économie politique de l’Université Waseda.