Un recrutement de figurants sur le tas
Tashiro Yoshinori est un nouveau venu dans le monde du cinéma. Sumo est son premier film et il est allé de surprise en surprise pendant le tournage. Il a notamment découvert que beaucoup de scènes étaient presque totalement improvisées. Il a observé de très près les autres acteurs et repéré qu’il lui suffisait d’imiter leurs mimiques pour déclencher les rires. Il a par ailleurs été choqué de constater le peu de cas que la société indienne fait des femmes en voyant l'équipe de tournage traiter son interprète avec dédain.
Depuis quelques années, l’industrie cinématographique indienne a retrouvé un second souffle avec une progression constante de la fréquentation des salles et des revenus record au box-office. Mais ce qui a le plus impressionné Tashiro Yoshinori, c’est l’influence énorme que les films et leurs vedettes ont sur la population de ce pays.
L’ancien lutteur a en outre remarqué que l’équipe technique avait une façon de travailler extrêmement pragmatique. Pendant le tournage de certaines scènes dans le sud de l’Inde, il a vu certains de ses membres crier « Silence ! » et « Écartez-vous ! » à des curieux massés aux alentours ou des gens du coin qui vaquaient à leurs occupations. Par moments, ils n’hésitaient pas à arrêter la circulation. Et quand ils avaient besoin de figurants, il leur suffisait de faire une courte annonce avec un haut-parleur pour voir arriver une foule de candidats et fournir au réalisateur tout le personnel dont il avait besoin.
Le cinéma indien : une industrie colossale
Pour Tashiro Yoshinori, le comportement ostentatoire de l'équipe du tournage de Sumo s’explique par la réussite financière et culturelle extraordinaire de l’industrie cinématographique indienne. Il se souvient d’avoir vu une dizaine de voitures de luxe devant la superbe résidence d’un des riches sponsors du film, lorsqu’il est allé saluer. Il dit aussi que les superstars comme Salman Khan touchent des salaires énormes, même comparés à ceux de Hollywood, et qu’elles sont traitées comme de véritables idoles par leurs fans.
Tashiro Yoshinori a tourné récemment un film publicitaire pour des sous-vêtements masculins avec Salman Khan. Et il raconte qu’en Inde, ce type de grande vedette attire des foules de fans d’une ampleur inimaginable au Japon. « Quand un film sort sur les écrans, certains grands multiplexes cinématographiques ne projettent que lui pendant deux ou trois mois d’affilée ! », s’exclame-t-il. « Et ce qui est encore plus incroyable, c’est qu’à toutes les séances – environ 80 par jour –, la salle est comble et que les fans vont voir et revoir le film sans jamais se lasser. »
La quantité énorme de films produits par l’industrie cinématographique indienne est avant tout destinée à la population locale. Mais depuis quelque temps, certaines de ses productions ont aussi du succès dans le reste du monde. C’est le cas notamment de La Légende de Baahubali, un film historique épique en deux parties réalisé par S.S. Rajamouli. D’après Matsumoto Tsukuru de la société japonaise de distribution de films Twin, les deux épisodes sont sortis respectivement en 2015 et 2017 en Inde et ils ont eu droit à un accueil du public sans précédent. « Les gens ont été complètement fascinés par cette histoire. Au Japon, certains sont allés jusqu’à agiter des tambourins et des bâtons lumineux pour acclamer le héros ». Un comportement pour le moins insolite dans l’Archipel. Cette vague d’enthousiasme a contribué à attirer l’attention du public sur le cinéma indien et elle a ouvert la voie à de nouveaux succès.
Les leçons du cinéma indien
Sumo n’est pas sorti sur les écrans indiens en janvier 2020, contrairement à ce qui avait été annoncé. Tashiro Yoshinori a contacté l'équipe de production qui, avec sa décontraction habituelle, l’a rassuré en lui disant qu’il n’y avait pas de problème. Il ajoute d’ailleurs qu’il ne se fait pas de souci parce qu’il a confiance dans la façon dont les choses fonctionnent dans ce pays.
Tashiro Yoshinori pense même que le Japon a beaucoup à apprendre de l’Inde. « À l’heure actuelle, il n’y a pas grand chose qui motive les Japonais. Les jeunes eux-mêmes, qui devraient pourtant déborder d'énergie et d’idées nouvelles, n’ont pas vraiment d’ambition. Si le Japon ne fait pas quelque chose pour redresser la barre, il ne fera pas le poids face au rival colossal que constitue l’Inde. » Tashiro Yoshinori est le premier à mettre en pratique les leçons qu’il a tirées de son expérience. Pour donner un coup de pouce à sa nouvelle carrière, il a commencé à apprendre l’anglais. « C’est comme dans le sumo. Pour réussir à rester dans le cercle de combat, il faut s’investir complètement », dit-il en conclusion.
(Interview et texte : Kuwahara Rika de Power News. Photos de l’interview : Imamura Takuma. Photo de titre : une des affiches du film indien Sumo. Avec l’aimable autorisation de Vels Film International)


