Interdiction stricte de prendre des photos sur son portable

Les employés déjeunent en groupes de quatre ou cinq personnes, probablement des gens qui travaillent ensemble. Certains ne parlent pas, mais d'autres restent à table à boire du thé en bavardant une fois leur repas terminé. On voit des gens qui mangent le téléphone dans la main gauche, sans quitter l'écran des yeux. Autrement dit, le restaurant d'entreprise offre le même spectacle que tous les restaurants d'entreprise aujourd'hui. Mais dès le moment où j'ai déposé ma demande de reportage, on m'a répété que je ne devais pas prendre mon smartphone avec moi, et qu'il devrait rester dans ma voiture garée sur le parking.

Mais les employés ont-ils le droit de garder leur portable avec eux sur leur lieu de travail ? demandais-je au responsable de Tepco qui m'accompagne. Apparemment oui. Il m’explique cependant que les appareils des personnes extérieures sont interdits pour éviter qu'ils s’en servent afin de prendre des photos et risquer ainsi de faire fuiter des informations... Les personnes travaillant sur le site, elles, doivent obtenir une autorisation afin de garder le leur, et n'ont le droit de le faire qu'une fois qu'une pastille a été fixée sur l'objectif de l'appareil.

Les personnes qui travaillent sur le site peuvent garder sur eux leur téléphone portable à condition de l'avoir préalablement enregistré. L'objectif de la caméra étant caché par une pastille, les employés ne peuvent s'en servir pour prendre des photos ou des vidéos.
Les personnes qui travaillent sur le site peuvent garder sur eux leur téléphone portable à condition de l'avoir préalablement enregistré. L'objectif de la caméra étant caché par une pastille, les employés ne peuvent s'en servir que pour envoyer des messages ou consulter le net.

Avant et après ma visite, je suis passé par un appareil appelé whole body counter, un moniteur de vérification de la radioactivité du corps entier. Il mesure les radio-nucléides présent dans le corps humain. Les personnes travaillant sur le site doivent subir cet examen une fois tous les trois mois, mais les visiteurs le passent deux fois le jour où ils y viennent. Pendant ce reportage, je n'ai pas pénétré de zones à fort rayonnement nécessitant une tenue de protection, et j'ai suivi les instructions de mon accompagnateur et mis un masque dans les endroits où voletait de la poussière de sable. Mais comme je me suis trouvée à proximité des réacteurs 1 à 4 qui ont été accidentés, j'ai subi des radiations. J'étais un peu tendu au moment de l'examen à l'issue de ma visite, mais je me suis détendu en voyant les mesures. Elles indiquaient un niveau inférieur à celui constaté à mon arrivée sur le site.

« J'imagine que vous êtes allé aux toilettes, n'est-ce pas ? Nous ingérons tous des radionucléides, comme le potassium, et nous les éliminons ensuite. On ne peut pas généraliser, tout dépend du régime alimentaire, mais les Japonais qui ont l'habitude de manger des algues ont un niveau plus élevé que les Occidentaux », m'a expliqué mon accompagnateur.

Le chantier du réacteur n° 3 du côté de la mer, un des endroits où mon accompagnateur m'a dit de mettre mon masque
Le chantier du réacteur n° 3 du côté de la mer, un des endroits où mon accompagnateur m'a dit de mettre mon masque.
Le Whole Body Counter, qui mesure les radionucléides présents dans le corps. L'examen dure une minute, et le résultat est immédiat.
Le Whole Body Counter, qui mesure les radionucléides présents dans le corps. L'examen dure une minute, et le résultat est immédiat.